On imagine d'ailleurs l'influence qu'il aura eu sur la création du livre Les Femmes de Corto, où Pratt révèle enfin à ses lecteurs assidus la nature réelle des relations de son personnage avec la gente féminine.
Pour moi, l'érotisme
est une religion
Il serait pourtant faux de cantonner Milo Manara au rôle de dessinateur de femmes. D'abord parce que son coup de crayon, quel qu'en soit le modèle, reste toujours avisé, précis, littéraire... Ensuite, parce que si certaines critiques trouvent ses histoires un peu niaises, c'est une grave erreur.
"Il y a une sacralité dans la séduction et dans l'érotisme. Une sacralité presque religieuse ! Pour moi, l'érotisme est une religion ! Ce n'est pas un hasard si, dans la Grèce antique, Eros était un dieu !"*
Véritable profession de foi, l'érotisme de Manara réside avant tout dans la sublimation de la femme. Il suffit de voir l'image, célèbre, de Gulliveriana, les cuisses écartées au milieu du village lilliputien pour comprendre le rôle qu'entend faire jouer le dessinateur à ses héroïnes : "pour moi, la séduction est un véritable pouvoir".
Le déclic et l'invisible
Et voilà que l'on comprend mieux les histoires tarabiscotées dont est friand Manara. Dans Le Déclic, la série qui a remporté le plus large succès, l'héroïne, une bourgeoise bcbg, est sous l'emprise d'une drôle de télécommande qui la transforme en véritable chienne en chaleur dès lors qu'on l'actionne. Sexisme, me direz-vous ? Loin de là, car l'idée folle de cette machine infernale (ou paradisiaque ?) souligne bien la réelle emprise féminine sur la libido des hommes.
Que dire de Miel, personnage central du Parfum de l'Invisible, qui doit son nom à la saveur de sa chatte ? Coincée entre l'homme invisible et la pimbèche que celui-ci convoite, c'est elle qui tire les ficelles et réduit l'amour de l'homme à un simple désir sexuel.