Mais, déjà, Sarno apporte sa touche personnelle. Car l'homme est loin des clichés machistes véhiculés par le porno. Fasciné par les amours lesbiennes, admiratif de la puissance du désir érotique, il semble voué un culte au cunnilingus et à la position dite de l'amazone.
A la recherche de l'érotique perdu.
Ce qu'invente Sarno, en particulier dans la première moitié des années 1970, époque durant laquelle il commence à alterner productions softs et hardcores, c'est une véritable esthétique d'Eros. Et c'est là que les choses deviennent passionnantes.
Car s'il est admis que l'humour (ou le comique) est une esthétique, qu'il est convenable de faire de l'art en faisant rire, il est moins reconnu que l'on puisse faire oeuvre de création en faisant bander (ou mouiller).
Premier film de type "sexuellement explicite", Sleepy Head (1973), s'il respecte les conventions du porno, est loin des automatismes du genre, et des passages obligés de l'industrie du sexe filmé d'aujourd'hui . La séquence éculée (sans jeu de mots) fellation, (cunnilingus), coït vaginal, coït anal, éjac faciale n'a ici pas cours. Comble de l'interdit pornographique, un homme continue à lécher le sexe de sa partenaire après avoir joui ! Quelle honte !
C'est aussi la période des grands classiques softs. Sarno propose un autre regard sur le désir, la jouissance, le sexe, à travers des films qui sont aujourd'hui reconnus comme des oeuvres d'auteur. Daddy Darling, l'histoire d'une jeune fille éprise de son père, et qui assouvit sa jalousie à l'égard des femmes qu'il cotoie à travers les passions saphiques qu'elle suscite ou encore Abigail Leslie is back in Town (voir encadré) donnent à voir une approche authentiquement artistique de l'érotisme.
Par la suite, Sarno multipliera les productions pornographiques explicites. Mais cela est une autre histoire...