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MAGAZINE - n°3 juillet 2010

les atomes crochus entre l'univers gay et les réseaux libertins sont pourtant nombreux
Et effectivemment, si le discours homophobe est insupportable dans la vie quotidienne, il devient totalement indigne dans un contexte libertin. Comment prôner la liberté sexuelle et défendre ses propres choix érotiques tout en refusant ce droit à autrui ?

A quand une alliance entre les minorités sexuelles ? Car à bien y réfléchir, il y a de nombreux points communs à la situation des gays et des libertins. La volonté d'assumer ses désirs et ses penchants, la difficulté de faire son outing et la revendication du droit à la différence (l'indifférence ?).
Dans tout ces domaines, le milieu du libertinage aurait tant à apprendre des homos, qui ont su conquérir pied-à-pied des avancées significatives.
Les atomes crochus entre l'univers gay et les réseaux libertins sont pourtant nombreux. Depuis plusieurs années, nombre d'établissements gays ont ouvert leurs portes, sur certains créneaux horaires, aux couples libertins. Et la cohabitation entre les deux tendances dans les saunas "swinger friendly" ne va pas de soi.
Eric, le patron du Bossuet, un très bel établissement de Dijon, n'en revient pas. "Si c'était à refaire, je ne sais pas si j'organiserais des soirées mixtes dans mon sauna" explique-t-il, "je n'ai pas de problèmes avec les couples libertins, mais les hommes hétéros qui fréquentent le Bossuet sont trop souvent irrespectueux envers les personnes et les installations".
Quant à la tolérance, Eric pense qu'il y a autant d'homophobie dans le milieu libertin que partout ailleurs : "on pense souvent que ça s'est calmé mais du tout, si vous saviez ce qu'on entend".
Exhibitionnisme, voyeurisme, candaulisme, sadomasochisme, bisexualité féminine, tous les goûts et toutes les couleurs se retrouvent dans les clubs échangistes... la bisexualité masculine serait-elle le dernier tabou du monde libertin ?

Swinger Friendly

J., bel homme de la quarantaine, a un goût immodéré pour la gente féminine. Il faut dire que sa compagne L, jolie blonde aux formes pulpeuses, n'a vraiment rien de masculin. Ensemble, ils fréquentent assidument clubs et saunas libertins. Et J. assume ses penchants bisexuels. "Je suis bi d'abord par goût pour la transgression" témoigne-t-il, "je ne comprends pas pourquoi la bisexualité féminine serait quasi obligatoire et la bisexualité masculine quasi prohibée".
"Je vis ça parfaitement bien, c'est plus une recherche érotique qu'une véritable attirance pour les hommes". En prime, J. a la satisfaction de faire plaisir à L. qui adore le voir coquiner avec un autre homme. "Je reste intimement persuadé que les plus ouvertement réfractaires à la bisexualité sont ceux qui refoulent le plus leurs envies".
Le dernier tabou des libertins

C'est un fait avéré. Si la majorité des libertines est bisexuelle, les rapports homosexuels masculins n'ont guère le droit de citer dans l'univers des échangistes et mélangistes des clubs, saunas et chats de rencontre.
Si vous fréquentez ces lieux, voilà un constat que avez déjà entendu : presque toutes les femmes libertines sont plus ou moins bisexuelles, très peu d'hommes le sont. Passons rapidement sur l'explication bistrotière freudienne : la sexualité saphique, sans pénétration, serait le fait d'un érotisme "non-adulte", alors que l'homosexualité masculine relèverait davantage d'un trouble psychique. Las, monsieur Sigmund, le mélangisme (sans pénétration) est passé par là, et - sauf erreur - les rapports mélangistes entre hommes ne sont pas plus fréquents.

Vous trouverez tout de même sur les sites de rencontres libertines quel-ques fiches dans lesquelles monsieur se présente comme bi, tout en s'empressant de préciser que "cela n'a rien d'obligatoire". Tandis que d'autres fiches assument le fait que le couple recherche exclusivement un couple dont la femme est bi, et si possible "active".
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