A l’arrivée, les deux fictions se révèlent aussi différentes qu’il est possible. La quête de plaisir et d’identité de Susan et Bruce est réjouissante. Si la série tire gentiment les fils de la comédie, les personnages évitent avec force (quels acteurs !) les vicissitudes de la caricature que l’on fait souvent du libertinage. Sans évacuer les difficultés à assumer ce mode de vie et de relations, qui sont tout le piment du programme, Swingtown ne verse jamais (en tout cas pour les premiers épisodes) dans le pathétique et le sordide, dérives puritaines fréquentes dès lors que l’on aborde la question des sexualités plurielles.
Ce que l’on ne peut pas dire de Happy Few, qui, précisément, traite, avec talent d’ailleurs, de l’insoutenable difficulté à lâcher prise, à dépasser les conventions sociales. Quelques moments jouissifs (la scène de la farine est particulièrement jolie) laissent place peu à peu à des doutes cruels. De la belle rencontre amoureuse à quatre, on passe indiciblement à ce qui ressemble à une expérience de laboratoire ratée.
Les couples se déchirent, se remettent en question et Cordier rend compte, souvent de façon caricaturale, de ce qui peut advenir quand le déchainement des sens laisse place au déchainement des doutes et des peurs.
Peut-être eut-il été utile de s’intéresser un peu plus aux amours échangistes ?