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Les chiffres et l'érotisme

De Sade à Emmanuelle Arsan, en passant par Catherine Millet, beaucoup d'auteurs se sont posés la question du nombre et du chiffre, s'agissant d'érotisme.

"j'adore cette impression
de ne plus savoir où donner de la tête"
La partouze a ceci d'à la fois intriguant, fascinant et effrayant qu'elle comporte une sorte de prise de risque, une remise en question. Bestiale ? On connaît peu d'animaux, sauf très "évolués" qui la pratiquent. Car si le coït est animal, l'orgie, elle, est humaine.
Oui, mais voilà, il suffit qu'un autre couple se montre plus prude, et éventuellement un peu désagréable, pour que le soufflé ne retombe. Une pointe de refus, une vexation dont les libertins qui ne savent pas vraiment ce qu'ils veulent sont coutumiers, et voilà que ceux qui sont susceptibles de mettre l'ambiance abandonnent leurs ambitions orgiaques. Il est toujours préférable de savoir où on met les pieds, sous peine de devenir les rabat-joies de service.

Un peu bestiale, la partouze ? "Nous sommes de vrais libertins, mais franchement, baiser à 5, 6 ou plus, c'est un peu dégueu, non ?" se demande A.
Pour Emmanuelle Arsan (voir encadré), pas de doute, l'érotisme se niche dans le nombre. Impair de préférence. A deux, à quatre, c'est la banalité. Tout seul, à trois, à cinq ou plus, et voilà que le petit déséquilibre, l'inconfort dans lequel résident le scabreux, l'excitant, l'extraordinaire de l'érotisme, se forment et se déforment au gré des envies des participants, de leurs pertes de contrôle.
MAGAZINE - n°7 novembre 2010
Et c'est vrai que l'anecdote est parlante : contrairement à la croyance populaire, les libertins ne sont pas tous, - loin s'en faut - adeptes de la partouze sans limite de nombre.
Pour A&A, un couple de la petite quarantaine, elle est même inenvisageable : "quand on est avec un couple, on est avec eux, pas avec n'importe qui. Je ne sais pas, mais à plus de quatre, j'aurais l'impression de perdre le contrôle de la situation".

Perdre le contrôle de la situation, voilà qui n'inquiète pas O., une libertine sans complexe : "c'est vrai que dans une partouze ouverte, on n'a pas forcément envie de tout le monde. Mais si un homme - ou une femme - me déplaît, j'arrive toujours à l'éviter. Ce n'est un problème que quand la personne devient un peu trop insistante, ce qui est très rare".
"Personnellement, j'adore cette impression de ne plus savoir où donner de la tête. Lécher la chatte d'une femme dont je ne connais même pas le prénom, et sentir une autre venir me sucer, c'est le pied !" renchérit B., son compagnon. "Mais nous ne nous perdons jamais de vue l'un l'autre, c'est la condition pour rester sereins."

Un sauna libertin, le hammam est plongé dans une semi-obscurité. Régulièrement, lors des soirées couples, les séances de sudation collective donnent lieu à de véritables orgies, pour peu qu'un ou deux couples plus délurés que les autres lancent les "hostilités".
La fragile alchimie de la partouze

Le mot est désagréable, souvent utilisé de façon paillarde. La partouze, aussi décriée soit-elle, n'en reste pas moins l'un des éléments centraux du monde libertin.
"Nous étions dans un club de l'Est de la France. Nous avions déjà repéré deux couples susceptibles de nous intéresser et que, manifestement, nous intéressions. Le temps de finir nos verres et de profiter un peu du spectacle de la piste de danse, et nous les avions les uns et les autres perdus de vue. Direction les coins câlins.
Suprise ! Tous les quatre étaient en train de se livrer à quelques galipettes préliminaires sur un grand lit. Nous les rejoignons. Logique.
Après quelques caresses, l'une des deux femmes se retournent vers moi et me dit au creux de l'oreille : vous êtes vraiment mignons, mais nous sommes tous les quatre, désolée..._ Après un temps pour comprendre de quoi il retourne, je me lève et entraîne ma moitié hors de la pièce, sous les yeux perplexes et incrédules de l'autre couple.
Nous avons heureusement trouvé notre bonheur, ce soir-là, mais cette aventure m'est restée en tête".
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