Gainsbourg n'en est alors pas à sa première création inspirée par la sexualité. Dès ses débuts, il écrit en 1958 "La femme des uns sous le corps des autres", chronique sociale et quelque peu moraliste des cinq-à-sept hypocrites de la société française. Mais là, comme dans d'autres chansons, Gainsbourg ne franchit pas la ligne jaune. Quand on demande à France Gall pourquoi elle n'interprète plus "Les Sucettes" sur scène, elle répond que ce n'est plus de son âge. Et la jeune chanteuse n'est sans doute pas la seule à être restée si naïve ….
L'audace, la vraie, lui viendra après les quelques retentissantes conquêtes féminines dont la presse, qui n'est pas encore people, fait état dans les années 60. Est-ce le texte de "Je t'aime moi non plus" ou les murmures libidineux des deux interprètes féminines qui hérissent le poil vatican des censeurs ?
Indissociables, dès lors, les saillies pornocrates du provocateur et sa liaison complexe avec Jane Birkin, qu'il embarque systématiquement avec lui dans ses coups de semonce contre l'ordre moral établi. Et voilà les deux amants repartis à la conquête de la censure, si vaine et finalement si favorable au succès d'un disque. Si 1969 - et les années suivantes - doit être érotique, c'est aussi parce que Gainsbourg a bien compris que la provocation "sexe" est une des clés du succès médiatique.
Fin des années 60, années 70, le couple désormais maudit multiplie les tentatives : "69, année érotique", "la décadanse", "raccrochez, c'est une horreur" et Jane Birkin posant nue dans Lui sous la férule de Gainsbourg… Aucune de ces provocations n'atteindra le retentissement de "Je t'aime moi non plus", ni son importance artistique. Mis à part sans doute, le projet plus sincère de l'album-concept "Melody Nelson" et son "Hôtel Particulier", d'un érotisme dandy.