"Fais ce que je te dis. Laisse-moi te guider… Tu es ma chose…. Là, oui, plus à droite….".
Je prenais mon rôle très au sérieux. Moi, la jeune provinciale qui était montée à Paris pour vivre enfin ma vie. Je l'admirais tant, il était mon maître absolu. Sous ses ordres, mon corps devenait objet. Objet de son art, de son délire, de ses désirs…
La peinture glacée faisait pointer mes seins. Le bleu, son bleu, masquait ma pudeur. "Viens par ici… Mets-toi dans ce coin, oui, presse bien ta poitrine contre le papier". Ses mots résonnaient dans ma tête et j'avais l'envie secrète qu'il m'en dise plus, qu'il aille plus loin…
Le public témoin de ma soumission était fasciné. "Non, non, ce n'est pas vraiment moi qui suis là, nue devant vous, enduite de peinture, c'est mon maître qui me l'a ordonné", avais-je constamment à l'esprit. Cette disculpabilité m'autorisait tous les fantasmes. Je l'imaginais s'approcher de mon corps-objet et le saisir fermement, appliquant de ses mains le bleu fluide et glissant sur mes fesses et mes seins et me pressant de tout son corps et de toute sa force contre le mur de papier, son souffle excité dans ma nuque…
Je ne sentais plus alors le froid de la peinture et continuais à obéir, en silence, brûlante de désir…