"L'érotisme, c'est pour moi une libération". Pas de carcans chez Tomi Ungerer. Dans son œuvre, le dessin érotique n'est pas un genre, c'est une constante. Traité de manière diverse, tantôt grave, tantôt plus légère, l'érotisme relève d'une "intellectualisation du sexe qui permet de mettre en scène ses fantaisies". Ainsi, il publie également tout au long de sa carrière, des ouvrages au style beaucoup plus jovial, voire rabelaisien : Les grenouillades présente un bestiaire de formes pleines et colorées qui s'adonnent au sexe selon les positions du kama-sutra et Contes pour adultes, reprend, non sans humour, des contes traditionnels comme Le petit chaperon rouge ou Blanche-Neige de manière plus qu'osée.
Alliant tendresse et cruauté, l'artiste, connu dans le monde entier pour ses dessins pour enfants, n'en est pas moins un homme qui doute, qui cherche, qui s'interroge sur la société. Il n'est jamais là où on l'attend. Mélangeant les genres, passant de petits personnages inoffensifs aux pires dominatrices SM, le tout parsemé d'engagement politique, l'artiste est aujourd'hui devenu persona non grata aux States, où les pédagogues les plus réacs, choqués par l'alliance de ses différents styles, le prennent régulièrement pour cible, allant jusqu'à empêcher la diffusion de ses ouvrages... Ungerer, résigné, rappelle simplement que les enfants ne naissent pas dans les choux...
L'œil aiguisé de Tomi Ungerer capte les failles des hommes. Son rayon, c'est la satire sociale. L'érotisme en fait partie, comme un élément majeur de la vie. Une intégrale de ses dessins pour adultes est parue en 2001 sous le titre Erotoscope montrant les différents regards du dessinateur posés sur la chose sexuelle, avec un seul point commun : qu'ils soient tendres, amusés ou diatribes, ils se jouent radicalement des conventions, brouillant les pistes, mettant à mal les certitudes, créant la surprise, laissant éclater le talent...