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"L'érotisme, c'est pour moi une libération". Pas de carcans chez Tomi Ungerer. Dans son œuvre, le dessin érotique n'est pas un genre, c'est une constante. Traité de manière diverse, tantôt grave, tantôt plus légère, l'érotisme relève d'une "intellectualisation du sexe qui permet de mettre en scène ses fantaisies". Ainsi, il publie également tout au long de sa carrière, des ouvrages au style beaucoup plus jovial, voire rabelaisien : Les grenouillades présente un bestiaire de formes pleines et colorées qui s'adonnent au sexe selon les positions du kama-sutra et Contes pour adultes, reprend, non sans humour, des contes traditionnels comme Le petit chaperon rouge ou Blanche-Neige de manière plus qu'osée.

Alliant tendresse et cruauté, l'artiste, connu dans le monde entier pour ses dessins pour enfants, n'en est pas moins un homme qui doute, qui cherche, qui s'interroge sur la société. Il n'est jamais là où on l'attend. Mélangeant les genres, passant de petits personnages inoffensifs aux pires dominatrices SM, le tout parsemé d'engagement politique, l'artiste est aujourd'hui devenu persona non grata aux States, où les pédagogues les plus réacs, choqués par l'alliance de ses différents styles, le prennent régulièrement pour cible, allant jusqu'à empêcher la diffusion de ses ouvrages... Ungerer, résigné, rappelle simplement que les enfants ne naissent pas dans les choux...

L'œil aiguisé de Tomi Ungerer capte les failles des hommes. Son rayon, c'est la satire sociale. L'érotisme en fait partie, comme un élément majeur de la vie. Une intégrale de ses dessins pour adultes est parue en 2001 sous le titre Erotoscope montrant les différents regards du dessinateur posés sur la chose sexuelle, avec un seul point commun : qu'ils soient tendres, amusés ou diatribes, ils se jouent radicalement des conventions, brouillant les pistes, mettant à mal les certitudes, créant la surprise, laissant éclater le talent...
  
Incompréhensible pour cet amoureux d'Eros qui assiste malgré lui, dans les années 60, à l'enfermement aveugle de la femme américaine dans une sexualité consumériste sans chaleur, reléguant l'homme à de basses pulsions libidineuses.

En 1969, avec la parution de Fornicon, Tomi Ungerer va jusqu'au bout de son délire critique de la prétendue libération des sexes. Il attaque le jouir-à-tout-prix ambiant, dénonçant la mécanisation du sexe. Des formes féminines inspirées de poupées Barbie désarticulées, sont mises en scène sur des machines à plaisir. Le trait franc, linéaire, à l'encre de chine, renforce la froideur d'un érotisme hygiénique et fonctionnaliste, dépeignant une sexualité de référence, où hommes et femmes anonymes, aux zones de jouissance ciblées, partent en quête d'un plaisir obligatoire. La parodie dérange tout en faisant sourire car l'imagination d'Ungerer dépasse la critique, dédramatisant rapidement la chose, exagérant les propositions jusqu'à l'absurde. L'intérêt du dessinateur pour les mécanismes, les rouages (il est issu d'une famille d'horlogers) atteint ici une inventivité jubilatoire et ludique pour un ouvrage à la qualité graphique exceptionnelle.
A l'occasion des 80 ans de Tomi Ungerer, la ville de Strasbourg met l'artiste à l'honneur en 2011.

Au Musée Tomi Ungerer
Villa Greiner, 2 avenue de la Marseillaise à Strasbourg

- du 12 aout au 31 octobre, Tomi Ungerer, l'artiste aux multiples facettes.
- du 18 novembre jusqu'au mois de février, Tomi Ungerer et ses maîtres. Inspiration et dialogue.
Comment en est-il venu là ? Sa quête de compréhension des rapports de domination/soumission entre hommes et femmes est ancienne et profonde. L'histoire du petit alsacien balloté entre les autorités allemandes et françaises a marqué son enfance. Mais son intérêt pour les rapports de force et de pouvoir, distillé par les années, trouve sa source principale dans ses longues années américaines.

A 26 ans, Tomi Ungerer part s'installer à New York. Au départ dessinateur pour enfants, il gagne rapidement en notoriété. Il mène parallèlement une carrière de publicitaire et d'affichiste, abordant des thèmes sulfureux comme la politique, la guerre au Viêt-Nam, l'injustice, qui lui valent cette fois de nombreuses attaques allant jusqu'aux écoutes téléphoniques et aux mises en garde-à-vue... De là, son regard sur cette Amérique idéale se transforme radicalement. Lui, qui la rêvait libre, la trouve décadente, froide, contradictoire. Sa critique se fait acerbe. Ungerer épingle la bourgeoisie new-yorkaise, le couple, la soi-disant modernité, le tout-marchand, la surconsommation... Il publie à cette période quelques ouvrages sous forme de satires sociales amoureuses dans lesquels les femmes sont montrées dangereuses, castratrices, séductrices... Leur goût du pouvoir et de la domination est poussé à l'extrême, caricatural, leur émancipation les éloignant peu à peu de leur rôle de femme aimante et de mère bienveillante...
Tomi Ungerer s'est toujours intéressé aux choses du sexe. Sans tabous, avec une inventivité débordante et un humour parfois grinçant, il aime déjouer les regards convenus jetés sur l'érotisme, interrogeant les "évidences" de la sexualité et des rapports entre hommes et femmes, allant parfois jusqu'à l'extrême.

Ainsi, dans les années 80, il s'immerge dans le milieu de la prostitution sado-masochiste de Hambourg. Il vivra plusieurs mois dans le quartier de la Herbertstrasse, aux côtés des Dominas, maitresses dominatrices qui, selon lui, "accomplissent une fonction psycho-médicale. Elles soignent par la torture, elles libèrent", précise-t-il. "Chaque coup de fouet soulage un être qui a simplement besoin d’être puni". SM : les anges gardiens de l'enfer paru en 2000, est un recueil de témoignages, illustrés par Ungerer, qui compte parmi les reportages les plus fouillés sur le sujet. Le ton y est très cru et les détails non dissimulés. Ames sensibles s'abstenir.
MAGAZINE - n°18 octobre 2011
Tomi Ungerer, satire érotique

Le mois prochain, Tomi Ungerer aura 80 ans. Des dizaines de milliers de dessins, une carrière internationale, un trait et une audace caractéristique, pour ce dessinateur alsacien longtemps exilé en Amérique, dont l'ampleur de l'œuvre reste cependant assez confidentielle. Célèbre pour ses dessins pour enfants, vous ignorez peut-être l'existence de ses dessins pour public averti.
Tomi Ungerer - Fornicon, 1969
Tomi Ungerer - Fornicon, 1969
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