Araki choque toujours. Qu’il continue ! Le photographe japonais, célèbre pour ses clichés de femmes nues ligotées façon « bondage », fait encore couler beaucoup d’encre. A 69 ans passés, sa carrière se poursuit de plus belle. Araki est sur tous les fronts, sa production ne tarit pas, et en plus, qu’il en profite, il est « tendance ».

Le dernier coup de pub du photographe date de septembre 2009, avec la série de photos de la sulfureuse Lady Gaga, starlette dance du moment. Dans son pur style bondage, la série, très réussie, est parue dans le Vogue Hommes Japan.

Araki, star de la photo érotique

Au pays du soleil levant, Araki est une star. Adulé par les minettes qui rêvent de poser pour lui, il est le produit culturel d’exportation favori des japonais, mais aussi celui qui les gêne le plus. Provocants, ses clichés le sont volontairement, forçant par moment le trait pour attirer l’attention sur la condition féminine dans un Japon puritain.

Nobuyoshi Araki 01

Marvelous Tales of Black Ink (Bokuju Kitan)

Car Araki n’est pas un vieux pervers, comme certains pourraient le penser. Il est tout le contraire, amoureux de la femme, ses séances de shooting se passent toujours dans le plus grand respect, avec une douceur qui peut détonner avec l‘idée que peuvent se faire du bondage les occidentaux.

librairie érotique

Bien que célèbre pour ses photos de bondage, et souvent relégué par la critique au rang de « produit marketing », Araki est d’abord un photographe de génie.

Araki et le bondage

Sa démarche tient de l’autobiographie. Il s’est fait connaître en 1971 avec l’exposition de la série photo, A Sentimental Journey, journal intime de son voyage de noce qui ne cache rien des moments les plus intimes. Sa femme, sa muse, décède brutalement de maladie, laissant l’artiste meurtri. Sensible, il s’intéresse à beaucoup d’autres sujets dont Tokyo, sa ville natale, et la mort qui le hante, mais ces clichés-là seront nettement moins mis en avant, à tort. Avec une prédilection pour les nus et le sexe, son art montre une fine observation de la culture nippone et de ses bouleversements.

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Tokyo Novelle

Araki photographie comme il respire. Il shoote de manière compulsive, retravaille ses photos, les photocopie parfois, les présente dans les musées directement punaisées au murs… Ces derniers temps, son travail s’oriente vers l’utilisation du polaroïd, comme en témoigne l’expo monumentale de l’été 2009 à Tokyo, où il a présenté plus de 60000 polaroïds, mais aussi le numéro de décembre/janvier du magazine Jalouse dont ses photos font la couverture.

[encart]Shibari, l’art du bondage japonais

L’art du bondage, appelé shibari au Japon, puise ses origines dans la société japonaise médiévale. Ce n’est qu’au fil du temps que cette pratique revêt une connotation sexuelle et érotique. La pratique du shibari diffère de la pratique du bondage à l’occidentale. De longues heures sont nécessaires à sa réalisation, avec des liens en fibres naturelles uniquement, pour une finalité qui est surtout esthétique.

Le plaisir provient d’une stimulation des centres d’énergie en des points précis du corps. En Occident, le bondage s’est le plus souvent développé dans les milieux bdsm et fetish à travers des pratiques sadomasochistes de domination/soumission qui peuvent parfois être volontairement violentes. Le shibari reste dans tous les cas une expérience dangereuse dont il faut maitriser les codes.[/encart]

Soumis à la censure au Japon, on aurait pu penser que l’art d’Araki serait accepté en France sans problème. Et bien non ! Pour preuve l’anecdote suivante : cet été lors de son exposition à la Galerie Daniel Templon à Paris, les photos d’Araki ont encore fait scandale. La photo qui figurait sur les cartons d’invitation ne fut pas du goût de la Poste qui a suggéré que des autocollants soient apposés sur les sexes et les seins des modèles. Et comme il n’en a pas été question, la galerie Templon s’est vue refuser le tarif préférentiel, ben voyons !

Un certain puritanisme serait-il de retour dans notre bonne vieille France ?