Six baisers photographiés. Les plus célèbres, des monuments mais aussi d’autres plus contemporains. Un seul point commun : ce baiser là est sur la bouche.

Moment furtif, moment éternel, concentré d’émotion, le baiser et la photographie ne pouvaient que s’entendre. Bisous-bisous, French Kiss, vous pouvez embrassez la mariée… les occasions ne manquent pas pour capturer cet heureux instant d’échange entre deux êtres.

Mais que se passe-t-il pendant ces courts instants immortalisés ? La passion, l’envie, l’amour et parfois d’autres choses aussi…

Le baiser de L’hôtel de ville

Robert Doisneau, 1950

Commençons par le plus célèbre d’entre eux. Le temps s’est arrêté sur ce couple de jeunes parisiens. Les passants continuent de passer, pressés sur ce trottoir de la rue de Rivoli et lui l’enlace, la stoppant peut-être dans leur balade, et colle ses lèvres contre les siennes.

Le Baiser de l'Hôtel de Ville, Robert Doisneau

Une impression d’instantané qui s’étire dans le temps, un moment qui laisse place à toutes les suppositions sur ce couple, l’esprit de Paris, l’amour, la légèreté, un chef d’œuvre.

V-J Day in Times Square

Alfred Eisenstaedt, 1945

Celui-ci est tout aussi célèbre: c’est « le baiser de l’hôtel de ville » version US. Les marines rentrent de guerre. Nous sommes le 14 août 1945, jour de la capitulation du Japon face aux Etats-Unis, surnommé le «V-J Day», ou «Victory over Japan Day». Un jeune homme attrape une jeune fille et l’embrasse fougueusement. Ce qu’on sait moins c’est que la jeune femme en question ne connaissait pas le marin, ce qui rend la scène nettement moins romantique.

V-J day in Times Square, Alfred Eisenstaedt

Toujours-est-il que c’est l’une des scènes les plus reprises et parodiée aux Etats-Unis. Elle fait partie de l’imagerie connue de tous les américains au même titre que Nighthawks de Hopper par exemple.

California Kiss

Elliot Erwitt, 1955

Tout est dans le titre. Un moment de pur bonheur, il fait chaud, on est au bord du pacifique, on est beaux, on est riches, on est célèbres et on roule dans une super voiture, le rêve.

California Kiss, Eliot Erwitt

La jeune femme est ivre de joie. Peut-être que son homme vient de la demander en mariage…En tout cas rien ne peut perturber la magie de l’instant. Elle est heureuse, lui, embrasse son sourire.

Le spectateur n’est témoin de la scène que par ce reflet dans le rétroviseur. Un écran, une protection de ce bonheur intime et anonyme, discrètement partagé.

Le baiser lesbien de Marseille

Gérard Julien (AFP), 2012, pendant une manifestation anti mariage gay

En voilà un qui est franc, massif et déterminé. Et il en a fallut de la détermination pour avoir le droit de se marier comme tout le monde. Un comble. En voyant leurs visages outrés, bouches ouvertes gueulant leur intolérance, on croirait que les « mères-veilleuses » vivaient là la pire des offenses.

Baiser lesbien Gérard Julien

Et pourtant, qu’est-ce qu’elles sont jolies ! C’est si naturel l’amour, regardez, elles ne vous font rien de mal. Alors vous êtes gentils(les), vous lâchez ce bulletin de vote, vous allez vous faire du mal. Merci.

Le baiser de Vancouver

Richard Lam, 15 juin 2011

Incroyable cette scène. Une manifestation apparemment violente, des CRS, de la fumée, des débris sur la route… et un couple enlacé au sol en train de s’embrasser tendrement. Un peu de douceur dans ce monde de brutes. Sauf que ce n’est pas tout à fait comme ça que cela s’est passé.

Vancouver Kiss Richard Lam

La scène se passe au Canada pendant des émeutes causés par des résultats sportifs (!?!). Les CRS (leur version canadienne, en tout cas) chargent et bousculent du monde au passage (normal). La jeune fille tombe et se blesse, son petit ami vient lui porter assistance.

Hasard étonnant ou génie de la prise de vue, mais la scène a quelque chose de grandiose, de tragique, de transcendantal, quelque chose de Delacroix peut-être.

Untitled, Tulsa Portfolio

Larry Clark, 1972

Deux adolescents en plein préliminaires. C’est sûr, c’est cru mais c’est comme ça la vie. C’est très beau surtout. Ca, c’est un vrai baiser sexuel.

Larry Clark baise de photographe

Souvenez-vous, ce cliché avait fait partie de l’exposition « Kiss the past hello », qui avait eut lieu au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris fin 2010 et qui avait été interdite aux moins de 18 ans. Censure quand tu nous tiens.