Ballet de voitures à la nuit tombée, sur un parking, en pleine campagne. On se fait des appels de phares, on s’épie, une femme sort, à moitié nue, qui s’allonge sur le capot de sa voiture. Les couples exhibitionnistes sont de sortie.

Les lieux d’exhibition – parkings, forêts, plages, lieux désaffectés – ne sont pas rares en France. Pour qui sait tendre l’oreille, ouvrir les yeux, il suffit d’écouter la rumeur publique, qui, en l’espèce, a rarement tort. « On nous avait parlé d’un parking où se rencontrent les gays, pas très loin de chez nous » expliquent B&P. « Il a suffi d’aller sur un site de rencontres échangistes pour s’apercevoir qu’il s’agissait aussi d’un lieu d’exhib où des couples exhibitionnistes se montraient à des voyeurs ».

couples exhibitionnistes

« Cette excitation de l’interdit
est très stimulante pour une femme. « 

Il faut bien dire que la plupart des lieux d’exhibition hétéro et libertine où l’on peut croiser des couples exhibitionnistes coïncide avec des lieux de drague gay. « La plupart des mecs sont à voile et à vapeur, on en a vu quelques uns se turlutter tout en nous mattant ».

La première fois des couples exhibitionnistes

La première fois qu’on s’apprête à réaliser une exhib en un tel lieu, c’est d’abord le stress, la peur d’être surpris par un badaud. « Cette excitation de l’interdit est très stimulante pour une femme. La première fois, j’ai cru que je n’allais pas dépasser cette peur, mais depuis, je suis folle de ce sentiment, ça me rend toute chose » poursuit B.

Et pourtant, le risque est faible. Il faut rappeler à ce stade que le Code Pénal punit sévèrement l’acte d’exhibition. Pour autant, les lieux d’exhib sont tellement connus du grand-public qu’il y a très peu de chance d’y croiser quelqu’un tombé là par hasard. « Faire l’amour en public à ma femme est devenu comme une drogue pour moi, un excitant qui a changé ma – et notre – vie sexuelle, et pourtant, nous n’avons jamais rencontré le moindre problème. Nous n’avons jamais été vus que par des personnes qui le voulaient ».

[encart] »L’exhibition sexuelle imposée à la vue d’autrui dans un lieu accessible aux regards du public est punie d’un an d’emprisonnement et de 15000€ d’amende » art. 222-32 du Code Pénal

Si les lieux d’exhibs, comme les lieux de drague gays – qui sont souvent les mêmes – sont très nombreux, il semble, d’après les témoignages recueillis, que les autorités de certains départements aient engagé une politique de fermeture de ces espaces. Comme si le fait de s’exhiber entre adultes consentants pouvait nuire à qui que ce soit (étant entendu que les participants s’assurent de la non-implication de tiers – familles, enfants, promeneurs…).

Voilà qui rappelle les temps anciens où les préfectures faisaient la chasse aux coins gays… Comme quoi, le combat pour la liberté érotique est décidément indivisible.[/encart]

Parmi les couples exhibitionnistes que nous avons rencontrés durant notre « enquête de terrain », tous témoignent que, en plus de leur vie sexuelle « classique » (certains fréquentent par ailleurs les lieux habituels de libertinage, d’autres non), l’exhibition publique est devenu un piment dont ils pourraient difficilement se passer. « Même en club échangiste, j’adore la dimension exhibition/voyeurisme » renchérit P, « et il ne nous vient pas à l’idée de nous isoler avec un couple dans une pièce close. Nous fréquentons les clubs quasi exclusivement en soirées mixtes (ouvertes aux hommes seuls) dans le but de nous exhiber sous leurs yeux. »

Dans les yeux des couples exhibitionnistes

Le summum, pour la majorité des couples exhibitionnistes s’adonnant à l’exhibition publique, reste de tomber, à l’improviste – ou en s’étant donné préalablement rendez-vous – sur un autre couple, si possible mélangiste ou échangiste. « Nous sommes allés plusieurs fois dans une clairière avec un couple d’amis, libertins comme nous » racontent fièrement B&P, « les matteurs étaient comme des fous. Je ne dis pas que de voir leur frustration n’a pas un petit effet aphrodisiaque sur moi » avoue P.

Quant à elle, F., jolie femme de la quarantaine, ne se contente pas du frisson de l’interdit : « ce que j’aime par dessus tout, c’est voir l’excitation des matteurs. Ils sont là, la queue à la main, à me reluquer sous tous les angles. Parfois, j’en laisse quelques uns me toucher, parfois, ça va même un peu plus loin ».

couples exhibitionnistes en forêt

« ce que j’aime, c’est voir l’excitation des matteurs »

Les voyeurs deviennent partie-prenante du fantasme des couples exhibitionnistes, par leur seule présence : « autant il est important que les matteurs soient respectueux de nos limites, qui peuvent changer selon l’humeur du jour, autant c’est frustrant de les voir se planquer, ne pas assumer leur statut de voyeurs ». Le lieu d’exhib devient la scène d’un théâtre étrange, dans laquelle, sans public, le comédien n’est plus rien.