Après Gainsbourg et Brassens, IDL Mag revient sur l’aspect le plus érotique de l’œuvre d’un autre auteur-compositeur-interprète majeur de la chanson française : Alain Souchon.

On ne connaît pas grand chose de la vie privée d’Alain Souchon et c’est tant mieux. Ce qu’on connaît de lui, c’est ce personnage fragile et rebelle que font vivre ces chansons. Ce nouvel homme, un peu féminin, un peu paumé, un peu tout qui, a priori, n’a rien ni d’un cochon, ni même d’un libertin.

Alain Souchon érotique

« J’veux du cuir : pas du peep show, du vécu.
J’veux des gros seins, des gros culs.
J’veux du cuir, Sade et Shade et Suzy Q »

Et pourtant, au fil des chansons, on découvre un Alain Souchon tantôt cœur d’artichaut, tantôt voyeur, qui semble bien placer l’érotisme sur un piédestal. A moins que ses envies de cuir ne soient rien d’autre que l’art du contrepied ?

Le monde est GLLOQ selon Souchon

Il est en tout cas une chose que le personnage Alain Souchon a en commun avec les libertins : une défiance, ou tout au moins une interrogation vis-à-vis de l’ordre établi. Plus libertaire que libertin, certes. Quoique. Peut-être même que tout ce qu’il y a de plus glauque (G2LOQ, mon ami), dans le monde tel qu’il est, vient du puritanisme et du refus de l’érotisme, câlin et tendre, et respectueux des femmes.

Oui, mesdames, mesdemoiselles, si Alain Souchon regarde sous vos jupes, il ne faut sans doute pas y voir offense. Parce que « si parfois ça les gêne, qu’elles veulent pas qu’on regarde leurs guiboles, les garçons s’affolent de ça », les conséquences de la frustration – et surtout du malentendu – peuvent se révéler dramatiques. Alors, il « faut que ça tombe, les hommes ou bien les palombes », comme si toute cette rancœur accumulée ne pouvait déboucher que sur la guerre et la destruction.

Alain Souchon l'érotisme du cuir

Comme si, finalement, la vie n’avait de véritable sens qu’avec, « entre ses deux mains éblouies, les deux jolis petits seins de son amie ». Comme si finalement, il n’y avait que les moments intimes pour nous élever plus haut qu’au ras des pâquerettes. « L’envie de voler est si légitime ».

L’érotique du peep-show et celle du vécu

« Sans les seins de Sophie Marceau, qu’est-ce qu’on fait ? On reste au ras des pâquerettes ». Alors Alain Souchon se rebelle, à contre-courant, au risque de « casser son image » de nouvel homme. Il veut « des gros seins, des gros culs » et nous avec lui. L’homme moderne et pas misogyne pour deux sous n’est pas asexué, qu’on se le dise.

Avec, toujours, ce je-ne-sais-quoi de volage, mais toujours très respectueux, très tendre. Et un goût érotique prononcé pour « les filles électriques » pour qui « on se prend des beignes, des sacrées châtaignes » ces nanas là, ces « filles dénudées » pour qui « on s’retrouve alors par terre, triste et tout nu ». Car, à bien y penser, ce sont bien les filles qui mènent la danse et « la seule chose qui tourne sur terre, c’est leur robes légères ».

Surtout les robes de celles qui osent, qui vont jusqu’au bout de leurs envies. Celles qui volent un « baiser osé », sans rien demander à personne. Le voilà le Souchon libertin, le Souchon érotique, qui n’aime rien tant que ces moments fugaces, car « si le ciel était vide », il serait tout de même dommage de passer à côté de ces instants d’érotisme là. « Liberté, liberté chérie ».

L’érotique de Souchon, c’est celle de ces choses où « rien n’avait été organisé ». Quitte à voir partir « la fille du brouillard » « vêtue d’un voile » ou la brune voleuse de baiser, très loin. La voir retourner dans sa rivière, ou l’Audi de son mari…

Oh, son mari…

[encart]
Alain Souchon érotique

J’veux du cuir (1985)
La fille du brouillard (1974)
Sous les jupes des filles (1993)
Le baiser (1999)
La vie ne vaut rien (2003)
Au ras des pâquerettes (1999)
Les filles électriques (1993)

[/encart]