Souvent décrié comme le point culminant du porno sans âme, parfois même de la chosification du corps féminin, le gangbang amateur demeure une pratique relativement répandue dans les clubs échangistes. Et si on dépassait les lieux communs en envisageant le gang bang du point de vue de son féminisme ?

photos : Cath56

Nous sommes en Agde, à quelques encablures du célèbre quartier naturiste. Le club s’appelle Le Quai des Anges, et les clients et clientes qui s’agitent sur la piste de danse ont l’air de tout, sauf d’anges… Comme apparemment toute l’assistance, nos regards sont attirés par une femme blonde, entre deux âges, jolie, qui dégage une force, une assurance, attirant à elle toutes les attentions des (très) nombreux messieurs.

gangbang et féminisme

les volontés de la dame sont au centre de tout

Se passe un moment. Son compagnon la prend par la main et tout deux filent vers les coins-câlins, immédiatement suivis par une nuée d’hommes. Après quelques attouchements, elle s’allonge et se fait prendre par les hommes qui, déjà, forment une file indienne pour accéder à la dame. Son mari contrôle tout (et notamment la présence de la capote). Madame, elle, se laisse aller au plaisir. Ces messieurs sont priés de jouir vite, car le nombre importe. Quand elle en a assez, elle fait une pause – tant pis pour ceux qui perdent leur place dans la « file d’attente » – va danser, boire un verre, puis reviens dans la petite pièce.

Un mot, plusieurs pratiques

Une autre gangbangueuse aurait préféré choisir 3, 5, 10 hommes, se serait enfermée avec eux et se serait laisser aller à la joie de les « consommer » tous ensemble. Pas de règle en la matière. Car les volontés de la dame sont au centre de tout. Au Jeux de Mains, dans le quartier naturiste, le coin câlins est en fait une immense salle où la proportion femmes/hommes avoisinent les 1 pour 10. A charge alors, pour madame – et son compagnon – de faire la police (même s’il est très rare que des hommes dépassent les bornes).

Voilà pour ce qui est des clubs spécialisés. En ce qui concerne les rencontres libertines privées et les autres clubs échangistes, il n’est pas rare de tomber sur des couples candaulistes qui préfèrent la pluralité masculine à l’échange entre couples. Là encore tout est possible : pluralité « à la chaîne » ou « de groupe », les gangbangs libertins conservent tout de même quelques points communs.

vidéos libertines

C’est le couple – et singulièrement madame – qui fixe les règles : si celles-ci ne vous conviennent pas, messieurs, allez voir ailleurs. Et comme madame est très occupée, c’est monsieur qui fait respecter les dites règles. Usage du préservatif, mots crus ou non, pratiques sexuelles interdites ou autorisées…, le chef-d’orchestre, le maître de cérémonie est toujours le couple, sous les instructions préalables de madame.

Gangbang : le pays des reines

Dès lors, et quoi qu’on en dise, il ressort de l’observation de tout gang-bang consenti* que la femme concernée est bien celle par qui tout arrive. D’où cette impression que c’est bien la force de la sexualité féminine qui s’exprime dans de telles pratiques. Les hommes, d’un certain point de vue, ne sont que les outils d’un fantasme féminin, qu’ils sont par là même presque chosifiés, réduits à leur propre pénis et à leur propre libido.

gangbang et ganbangueuses

la femme est la reine du gang bang,
au moins autant que son objet

Alors, bien sûr, il n’est pas rare d’entendre, au cours d’un gangbang, des mots salaces, voire franchement sexistes. Et ne pourrait-on pas imaginer que ces mots participent d’une mise en scène qui n’a pour but, au final, que l’inversion du stigmate, comme disent les philosophes ? La « salope » est l’instigatrice, la démiurge de l’univers érotique du gang bang. Elle en est celle par qui tout advient et par qui tout se finit. Plus de « salope », plus d’amatrice de gang-bang et ces messieurs peuvent repartir la queue entre les jambes.

La femme est la reine du gangbang, au moins autant que son objet. Bien sûr, il y a réappropriation de l’imagerie dominante de la femme « qui ne se respecte pas ». Bien sûr, il y a souvent une certaine forme d’humour, le plus souvent paillard. Mais ce qu’on peut dire, après avoir parlé avec différents protagonistes de gang bang, c’est que :

– d’une part, madame s’est sentie désirée et, par là même, toute-puissante

– et que, d’autre part, ces messieurs ressentent bien plus une forme d’admiration du courage – et parfois du talent – de la dame, de sa façon d’assumer ses désirs, qu’une quelconque forme de mépris.

De là à dire, qu’il y a une forme de féminisme dans la pratique de la pluralité masculine, il y a un pas, certes, mais pourquoi pas ?

* on a souvent confondu, plus qu’abusivement, la pratique du gangbang avec le viol dit en tournante, qui est au gang-bang ce que le viol est à une pratique sexuelle classique librement consentie.