Nous poursuivons nos voyages érotiques au cœur des curiosités coquines du monde avec un détour par San Francisco où se tient tous les derniers dimanches de septembre un événement haut en provoc’ : le Folsom Street Fair, le premier festival BDSM et fétichiste de la planète.

crédit photos : Public Disgrace

Que celles et ceux qui sont choqués par les chars de la Gay Pride ou de la Love Parade passent leur chemin, car le festival qui se tient tous les ans en septembre dans le quartier de Folsom Street à San Francisco ferait rapidement passer ces événements pour des répliques des JMJ.

festival BDSM Folsom Street

au Folsom Street Fair, on assume avec le sourire un côté paillard, et même parfois obscène

Depuis 1984, à l’initiative de membres distingués de la communauté gay et BDSM de la ville réputée comme la plus tolérante des Etats-Unis, se déroule un festival d’un jour, à l’atmosphère et à la démarche inédite jusque là : le Folsom Street Fair (FSF). Que les curieux et curieuses de passage en Californie à cette période de l’année, quant à eux, fassent le détour : même le Guide du Routard signale comme il se doit l’événement.

Festival BDSM en public

Le FSF, qu’est-ce que c’est ? Au départ, la volonté de quelques hommes gays adeptes de BDSM et de fétichisme de se montrer au grand jour et de défendre l’idée d’une sous-culture forte et riche, un équivalent « cuir » aux parades « queer » qui ont fait avancer la cause homosexuelle à travers l’occident.

Mais le FSF est aussi un endroit où on s’amuse, où on échange, où on fait la fête. Ici, on se promène en tenues fétichistes ou dans d’improbables déguisements sexe et provocateurs. Et puis, on n’hésite pas à faire des démonstrations de bondage ou de sadomasochisme en public. Dans Folsom Street, tous les derniers dimanches de septembre, on peut être fiers de pratiquer le SM.

ce festival BDSM ferait passer la Gay Pride pour une réplique des JMJ

ce festival BDSM ferait passer la Gay Pride
pour une réplique des JMJ

Au fur et à mesure des années, le festival s’ouvre aux lesbiennes, aux transgenres et, petit à petit, aux adeptes du BDSM hétérosexuel. On y ouvre une « Women’s Area », baptisée Venus’ Playground, pour ces dames. Et voici que FSF attire des visiteurs de plus en plus nombreux : journalistes, curieux, sadomaso débutants ou tout simplement spectateurs désireux de découvrir la culture « cuir ».

Le festival s’étend aux rues perpendiculaires. On invite des DJs et des groupes de la scène underground californienne et US et les rues du quartier s’ornent de stands de plus en plus nombreux dédiés à la vente d’objets BDSM en tout genre.

Culture SM à vendre ?

Alors, commercial le FSF ? Non, répondent en cœur les organisateurs. Car c’est bien une association qui est aux commandes du projet. On raconte que le premier bar « leather friendly » (ouvert au fétichisme) de San Francisco a ouvert ses portes dès 1938.

Et, de fait, un véritable vie communautaire s’y est organisée depuis le milieu des années 1960. Le FSF est là pour rappeler que cette culture existe et qu’elle ne veut plus se cacher.

Côté recettes, le principe fondateur est le don. Les visiteurs participent aux frais d’organisation, et le surplus, collecté par la très subversive organisation des Sisters of Perpetual Indulgence (les sœurs de l’indulgence perpétuelle), habituée des happenings érotico-religieux provocateurs, est répartie entre diverses associations caritatives de la mouvance gay et alternative (lutte contre le SIDA, dispensaires de soins, associations culturelles queers).

Mais attention, on est loin du monde des bisounours ! On assume avec le sourire un côté paillard, et même parfois obscène… Ce qui, bien sûr, a le don d’énerver le grand voisinage, agacé de ce chambardement libertaire et décomplexé. Sans parler des ligues religieuses, qui n’en reviennent toujours pas qu’on puisse se comporter ainsi (voir encadré).

En 2007, le FSF s’est attiré encore un peu plus les foudres du lobby de la « Christian Right » (droite chrétienne) en publiant une affiche mettant en scène des grands noms de la culture queer, fétichiste, et SM attablés comme pour le dernier repas du Christ.

festival BDSM Folsom Street Fair

Ce clin d’œil à « La Cène » de Leonard de Vinci a provoqué l’ire de la Catholic League, de Concerned Women of America (association conservative et chrétienne des femmes américaines) et du Family Research Council (familles traditionnelles), qui ont ensemble menacé le principal sponsor du FSF – une firme de boissons alcoolisées – d’un boycott de grande envergure.

Les organisateurs ont eu beau arguer que l’affiche n’avait rien d’une provoc anti-religieuse, que les Simpsons ou Robert Altman avaient eux aussi cité le tableau comme partie prenante de l’imaginaire collectif, il a fallu que la très catholique et très « libérale » Nancy Pelosi, députée de San Francisco et présidente du Congrès US, monte au créneau en défendant le 1er amendement (liberté d’expression) pour que l’affaire ne se tasse un peu.

Rien que de très naturel… Mais Le FSF agace aussi certains purs et durs de la cause homosexuelle : ainsi, le mouvement Americans for Truth about Homosexuality (Américains pour la vérité sur l’homosexualité) considère que le FSF donne une bien piètre image de la vie des gays, et véhicule des clichés intolérables. Comme quoi, la tolérance n’est vraiment pas chose aisée.

Mais le FSF se porte bien. Et a fait des émules. L’association organisatrice a ainsi multiplié les initiatives du genre. Et le FSF a donné des idées à bien d’autres minorités sexuelles de la ville. Jusqu’à essaimer le concept de l’autre côté de l’Atlantique, comme à Berlin, où se tient depuis 2003 le Folsom Europe.