Ca n’était un secret pour personne. On le savait bien que Fragonard était un coquin, un libertin, un sensuel… Mais cette fois-ci, le Musée du Luxembourg assume. A travers une exposition regroupant ses oeuvres, des plus sulfureuses aux plus sentimentales, le musée des sénateurs affiche un Fragonard amoureux, à bien des sens du terme.

Du 16 septembre au 24 janvier 2016, à Paris, au cœur du jardin du Luxembourg se dévoile un excitant secret d’alcôve. Fragonard, le célèbre peintre du 18ème siècle n’a pas peint que des paysages et de scènes d’Histoire, il est notamment renommé par les connaisseurs pour ses représentations coquines, voire délicieusement scandaleuses.

Aux innocents les mains pleines

Dans une première « période », Fragonard s’inspire de Boucher – et de ses modèles nus et bien en chair – pour produire des gravures et dessins dans un style frivole, voire carrément licencieux. Le style antique de ces œuvres permet, sous couvert, de montrer la nudité.

Jeux de satyres

Le genre poissard en vogue dans la seconde moitié du 18ème siècle, l’inspire également. Ce genre théâtral qui imite le langage du bas peuple, les marchandes de poissons, lui permet une liberté de création à laquelle, contrairement à d’autres, il ne confère jamais de mépris.

Du plaisir avant tout

Par la suite, son gout pour les choses de l’amour s’est exacerbé, et l’ambiance frivole de cette fin de siècle n’aura de cesse de l’encourager.

Scandaleuses illustrations de contes libertins, réalisation de décors de bordels ou de boudoirs où les jeunes gens s’adonnent au sexe sans complexe, les activités artistiques de Fragonard s’exercent dans un milieu délicieusement prohibé, ce qui rend la tâche encore plus excitante.

Le thème des fêtes galantes prend de l’ampleur avec Watteau comme chef de file. L’amour, la séduction dans les jardins, la figure d’Eros, le marivaudage sont des sujets intarissables pour Fragonard. Une des ses œuvres les plus célèbres de cette période, « Les heureux hasards de l’escarpolette », met en scène le fantasme d’un riche commanditaire qui désire être représenté aux pieds de la demoiselle faisant voler ses jupes sur cette balançoire, lui laissant profiter allègrement du spectacle…

les  Hasards heureux de l'escarpolette

les Hasards heureux de l’escarpolette
Jean Honoré Fragonard
entre 1767 et 1769
huile toile – Wallace (Londres)

Non mais sérieux ?

Vers le fin de sa vie, Fragonard s’assagi. Pourquoi ? Nulle réponse à trouver dans sa vie privée… Toujours est-il que sa peinture de l’Amour devient plus morale. Il se soucie alors de la sincérité du sentiment amoureux. Il lui tient à cœur la fidélité, l’engagement, le serment…

Même sa toile la plus connue, « le Verrou » – qui a fait l’objet de multiples interprétations – trouve une explication moralisée. Inscrite dans une sorte de trilogie, « le Verrou », rebaptisé « La faute », en est le premier volet. Ensuite vient « L’armoire », une autre scène qui illustre des amants surpris, puis la régularisation avec l’oeuvre « Le contrat ».

Le Verrou - Jean-Honoré Fragonard

Le Verrou – Jean-Honoré Fragonard
entre 1774 et 1778
huile sur toile, Louvre

Plaise à chacun d’assumer ses fantasmes jusqu’au bout ou non. Nous, on retiendra l’œil qui frise de Fragonard, les dessous froufroutants de la belle qui se balance et les fesses rebondies de l’amant qui s’enferme. Et pour ceux qui auraient manqué l’esprit mal tourné de l’œil érotique sur « Le verrou », suivez le lien et profitez, c’est pas grave, nous on assume…