Encore un idee reçue… Les libertins n’ont pas de morale, pas de limites, pas de barrières… Faux ! archi-faux ! Chaque couple libertin a ses propres limites, ses propres codes, ses « interdits libertins » qui changent tout. Avec peut-être il est vrai, à la marge pour certains, comme règle absolue de ne pas en avoir.

Mais parlons plutôt des autres…, de ceux qui, dans la liberté qu’ils se sont autorisée, se sont aussi imposé des règles, sorte de gardes-fous nécessaires à leur équilibre.

Si on se mélangeait ?

Quand on débute dans le libertinage, on n’a pas forcément envie de sauter à pieds joints dans une mega-partouze à 22, c’est vrai. Bon nombre de couples se fixe alors des règles, préalablement établies avant toute rencontre ou sortie, une sorte de charte qu’ils suivront un temps. Et que ce soit pour un soir, un mois, ou une vie entière, ces règles sont souvent renégociables.

interdits libertins : mélangisme

le couple, entité centrale, solide,
peut avoir peur de sa propre fragilité

Parmi les règles les plus connues, il y a bien évidemment le mélangisme, c’est à dire, en terme courant, le libertinage sans pénétration hors couple.

S et O nous explique leur point de vue : « Pour nous, le libertinage, c’est un plus, un truc pour s’amuser, pour pimenter notre vie sexuelle, nous aimons les caresses, les baisers et tout ce qu’il est possible de faire, en dehors de la pénétration. Car ça, c’est rien que pour nous, c’est un vrai acte d’amour, une chose que l’on ne souhaite pas partager. C’est pas vraiment un interdit, c’est juste que nous n’en avons pas envie. »

Vieux fond moralisateur, machisme inconscient, dernier des derniers tabous, peur de la possession ou de la dépossession ? Il y a peut-être de ça… ou pas… H et T nous livrent, quant à eux, un témoignage sur le mélangisme tout à fait différent : « Lorsque nous avons commencé l’échangisme, nous pratiquions la pénétration hors couple. Nous avions faim de tout goûter, et puis nous avons évolué…, le mélangisme nous correspond mieux aujourd’hui, du coup il est devenu notre code de conduite, naturellement, mais cela peut encore changer…. »

J’embrasse pas

Dans le libertinage, le couple est une entité solide, centrale, mais il peut aussi avoir peur de sa propre fragilité, d’où le besoin de se fixer des règles. Elles permettent au couple de s’accorder sur ses pratiques, ses envies, ses points de vue, et ce, même et surtout s’ils évoluent.

Ainsi, une autre règle bien connue est celle des « on embrasse pas ». « Le baiser est trop intime, trop cérébral, trop impliquant…  » nous confient J-C et K. « On ne saurait pas bien l’expliquer, mais nous ne sommes pas prêts à cela ». Ce que défendent ces adeptes du sexe sans baiser, c’est l’envie de sexe pour le sexe, pas de tendresse particulière, pas d’attachement possible, pas d’intimité hors du couple… Ca se tient…, sauf que la pratique rappelle indéniablement celles des prostituées qui, pour se protéger, préfèreraient (dit la rumeur) ne pas se laisser embrasser pour garder une partie de leur corps non-commerciales. Pas très glamour ?

interdits libertins : j'embrasse pas

et si, finalement, être libertin-e, c’était définir
soi-même ses propres règles ?

Et quand on a envie de partager, d’avoir une expérience sensuelle avec d’autres partenaires, c’est souvent compliqué, voire mal vécu par les partenaires en question…

A ce sujet, un couple de la région parisienne, nous a fait partager une anecdote qui leur était arrivée lors d’une soirée à plusieurs couples : « Nous étions ce soir-là trois couples, un couple que nous connaissions bien et un autre couple que nous voyions pour la première fois. Alors que la soirée avait un peu de mal à prendre sa tournure sexe, notre amie L, s’est jetée à l’eau, abordant le monsieur dont nous ignorions les pratiques et lui caressant doucement les épaules et le torse, l’homme s’est laissé faire, ravi, mais lorsqu’elle approcha son visage du sien, le monsieur lâcha à haute voix et un peu sèchement : « on embrasse pas ». Notre amie a pensé que c’était un gag et nous de la suivre en riant, mais non ça n’était pas une plaisanterie… Autant vous dire que ça a jeté un froid…. D’autant plus qu’une fois le dos de sa belle retourné, il s’empressa de m’embrasser à pleine bouche, c’était à n’y rien comprendre…. ».

Contrat délicat en effet… et bien qu’on en saisisse le mécanisme, il est bon d’en avertir préalablement les nouveaux partenaires. Libre à eux, ensuite, de l’accepter ou de le refuser.

deux + deux et autres interdits libertins

Autre paradoxe, quand on parle de libertinage et d’échangisme, c’est l’interdit du nombre. « Pratiquer le sexe à plusieurs, oui. Echanger son ou sa partenaire, ok, mais la partouze, pas question, on est quand même pas des bêtes ! » proclament certains libertins. Quand on sait les clichés que trimballe derrière lui le libertinage, c’est tout de même plutôt drôle.

Quand les non-libertins commentent la pratique de l’échangisme d’un regard dégouté, méprisant parce que faire l’amour à plus de deux c’est bestial, on s’amuse du degré de tolérance de certains… Alors, après, que cela soit un choix qui permette de focaliser son attention sur un seul partenaire pour en « tirer le meilleur » sans être assailli par toutes les mains qui se baladent par là, on peut le comprendre…. mais dans le respect de toute autre pratique, c’est important.

interdits libertins : deux+deux

Voilà pour les trois principaux interdits des pratiques libertines, mais vous en rencontrerez sans doute d’autres, dont certains ne sont pas spécialement centrés sur le couple mais plutôt sur les goûts de chacun en matière de partenaire sexuel, comme par exemple, les « pas les jeunes » ou « pas les vieux », ou encore les interdits qui illustrent les peurs de chacun par rapport à son entourage, avec les « pas dans notre ville », « pas chez nous » ou « jamais en club », ainsi que toutes sortes d’interdits, ou plutôt dans ce cas, de préférences qui ne s’expliquent guère, comme les « pas les chevelus », « jamais en semaine », « pas les bimbos », etc…, et finalement c’est drôle, c’est comme ça, c’est la vie…

pratiques libertines en réel

Sans parler du « jamais deux fois avec le même couple », popularisé par le film « Peindre ou faire l’amour ».

Au pays où (soi-disant) il n’y a plus de règles, où règne le grand n’importe quoi, les couples ont besoin d’identité. Ils aiment se définir, eux et leurs pratiques, au sein de ce grand tout libertaire et permissif. Sans doute pour mieux l’apprécier… A savoir ce qu’on s’interdit, on définit de fait ce qu’on s’autorise.

Et si, finalement, être libertin-e, c’était définir soi-même ses propres règles ?