Le Japon a toujours présenté, aux yeux occidentaux, une part de mystère. Ainsi de l’érotisme made in Japan, qui a su, et sait encore, fasciner les adeptes d’Eros du monde entier. Promenade au cœur du Japon érotique.

« Tu viens voir mes estampes japonaises ? ». Depuis la fin du XIXème siècle, la bourgeoisie cultivée française se passionne pour les arts venus d’autres cultures. Parmi les fantasmes, le Japon érotique : pour les plus coquins des amateurs d’art « exotique », l’Empire-du-Soleil-Levant tient encore aujourd’hui une place à part sur la mappemonde de l’érotisme.

Le shunga : aux sources du Japon érotique

Au cours de l’ère Edo, alors que se développent sur l’archipel des méthodes de reproduction de plus en plus pointues, le mouvement ukiyo-e produit quantité d’estampes aux thèmes divers et variés.

Japon érotique - shunga

Le rêve de la femme du pêcheur
Katsushika Hokusai, 1820

Parmi ces thèmes, la sexualité va vite devenir l’un des plus prisés et le plus rémunérateur pour les artistes. Avec pour influences l’art érotique chinois et l’illustration médicale, les artistes du shunga tracent des traits qui dessinent des corps aux parties génitales démesurées.

Quand l’occidental ne perçoit pas la description psychologique que constituent les traits du visage, il a d’autant plus de difficultés à lire dans les sexes des personnages la révélation de leur nature et de leur motivation profondes et intimes.

librairie érotique

Quoi qu’il en soit, les intellos européens vont se prendre de passion pour le « Japon érotique » et pour les grands maîtres du shunga parmi lesquels Hokusai, bien sûr, l’auteur de la fameuse Vague (Le rêve de la femme du pêcheur, une femme aux prises avec les tentacules d’une pieuvre), Utamaro, le spécialiste des portraits de femmes, Harunobu,… autant d’artistes qui ne se sont pas cantonnés à la seule estampe érotique.

Le shunga, aux yeux occidentaux, permet toutes les représentations érotiques : hétérosexualité, homosexualité masculine et féminine, gérontophilie, et même zoophilie. Un porno BCBG et cultivé qui, dit-on, deviendra un moyen de draguer la bobo en goguette… mais c’est une autre histoire.

Le shibari : l’art du bondage

Entre représentation artistique du corps et activité érotique proprement dite, le bondage et le SM japonais bénéficient également d’un cachet à la fois exotique et intellectuel qui les justifie aux yeux de la bonne société occidentale.

Japon érotique - shibari

Nobuyoshi Araki

Le shibari en est aujourd’hui la manifestation célèbre et méconnue, en même temps qu’un multiple aspect du « Japon érotique » cher à l’occident. Art d’encorder les corps, il est conçu comme une fin en soi. Diffusé en Europe par des artistes comme Araki, son esthétique, certes perçue comme violente, renvoie à la patience et la méticulosité, et donc à tous les clichés véhiculés sur le Japon (art du thé, zen…).

Le hentaï : BD porno japonaise

La déferlante du hentaï en France a suivi de près celle du manga. Sous forme de BD et de dessins-animés, mais aussi de jeux vidéos, de figurines, de jeux de cartes, le hentaï n’est pas seulement un sous-genre.

Bien plus qu’une version porno de Dragon Ball ou de Goldorak, le hentaï s’inscrit dans la tradition iconographique coquine nipponne, dans l’histoire du Japon érotique et porno. On y apprécie la démesure (du sexe, mais surtout des seins) et l’excès : les notions de « perversion » et de « métamorphose » sont à l’origine du terme.

Le hentaï, comme la BD érotique, permet d’aborder le sexe d’une façon souvent plus crue, plus « perverse », plus violente que la photo ou le film : les scènes ne sont ni jouées, ni vécues, une certaine distance avec le réel permet plus de libertés. On y retrouve donc le goût du shunga pour les situations scabreuses (des tentacules s’emparant sexuellement d’une jolie nymphette rappellent Hokusai) et le vertige érotique du bondage et du sado-maso.

Le porno nippon

A la croisée de toutes ces influences et, nécessité faisant loi (la censure japonaise reste à ce jour l’une des plus strictes du monde industrialisé)*, le porno japonais va développer des mises en scène complexes, alternant violence et fantasmagorie ultra sophistiquée (relativement au porno occidental, s’entend).

Séances de pelotages plus ou moins forcées dans le métro, sadomasochisme parfois très dur, ou encore scènes de mise à disposition d’un seul homme pour l’éducation sexuelle d’un groupe de jeunes nymphettes, l’industrie japonaise du porno a su puiser dans la culture nipponne les outils pour contourner des règles de censure étroites.

Si l’on n’adhère pas à la propension au viol de certains films, on est bien obligés de s’étonner devant l’imagination développée par les pornographes japonais pour contourner la censure. A toute chose malheur est bon ?