Cinéaste à part dans le paysage français, Jean-Claude Brisseau a consacré une partie de son œuvre au plaisir féminin, à l’orgasme, jusqu’à s’atteler à une trilogie dont c’est le propos central. Retour sur trois films qui ont fait de lui un réalisateur tantôt admiré, tantôt contesté.

Trois films : Choses secrètes (2002), Les Anges Exterminateurs (2006) et A l’aventure (2009). Trois films qui posent un œil différent et original sur le plaisir sexuel, celui des femmes. Trois films qui dérangent, tant par leur propos que par l’odeur de soufre qui s’est exhalée de leur réalisation. Trois films pour lesquels Brisseau va pousser sa démarche aussi loin qu’il est possible, et même au delà.

Choses Secrètes

« le voyeurisme est la pulsion de fond du cinéma »

Disons-le tout de suite : nous respectons l’autorité de la chose jugée. En 2005, le cinéaste est condamné à un an de prison avec sursis pour harcèlement sexuel envers deux jeunes actrices. Nous ne reviendrons pas ici sur cette affaire, mais sur la quête d’un artiste fasciné (et sans doute aussi effrayé) par la réalité du désir et du plaisir féminins.

Qui est Jean-Claude Brisseau ?

Né en 1944 dans un milieu plutôt modeste, Brisseau est un amoureux fou de cinéma. Mais, à l’heure des choix, il s’oriente vers une carrière de prof de français, sans pour autant délaisser sa passion pour la caméra. Grâce au Super 8, il parvient à tourner deux films amateurs, dont l’un, repéré par Maurice Pialat et Éric Rohmer, entre autres, va lui ouvrir les portes de la réalisation d’un premier film professionnel, La vie comme ça (1978).

Ce parcours atypique forge sans doute la personnalité du réalisateur et même si Noce Blanche (1989), avec Vanessa Paradis et Bruno Cremer, rencontre un immense succès commercial, Brisseau reste un cinéaste qui tourne avec peu de moyens financiers.

Son cinéma marie les genres (fantastique, social, érotique), toujours sur le fil du rasoir, à la limite, parfois, du grotesque. Encensé par les uns, méprisé par les autres, le réalisateur suit son propre chemin jusqu’à se risquer à traiter du sujet dont personne ne veut entendre parler : le sexe et, singulièrement, la sexualité féminine.

Les Anges Exterminateurs

« mon idée du cinéma est d’utiliser l’émoi sexuel comme Hitchcock a utilisé la peur dans ses films »

Plaisir sexuel et orgasme féminin

« Les femmes ont une jouissance beaucoup plus violente que celle des hommes, et je trouve ça fascinant » (propos recueillis par Isabelle Potel, Libé). Une fascination qui va le conduire à passer près de dix ans à mettre sur pied son projet cinématographique le plus osé : Choses Secrètes.

Deux jeunes femmes décident en conscience d’utiliser leurs charmes et le désir qu’elles suscitent pour pénétrer les hautes sphères de la société. Mais, très vite, elles sont dépassés par les événements et par leurs propres pulsions envers un jeune, beau et riche libertin qui va les entrainer dans sa chute. « Le vide et la tragédie attendent le libertin au bout du chemin » (même source).

Pour saisir l’extase féminine, Brisseau tourne des dizaines de bouts d’essai érotiques. Il accumule des heures d’observation, lors desquelles il demande à ses actrices et aspirantes actrices de dévoiler leur intimité dans ce qu’il y a de plus cru. Ce qui lui vaudra les ennuis judiciaires dont nous avons parlé précédemment.

Cet inquiétant objet du désir

C’est cette démarche, et les complications qui en résultent, qui forgent la trame des Anges Exterminateurs. Poussé par sa fascination pour le plaisir féminin, un réalisateur entraine de jeunes comédiennes dans des jeux de plus en plus érotiques. Il commence par leur demander de se masturber devant sa caméra, puis de faire l’amour entre elles, jusqu’à se heurter au scandale.

A l'aventure de JC Brisseau

« les femmes ont une jouissance beaucoup plus violente que celle des hommes, et je trouve ça fascinant »

On voit dans ce film toute l’ambivalence du questionnement de Brisseau pour le plaisir féminin. Entre admiration et inquiétude, le cinéaste ne peut mettre un terme à ses expériences érotiques, même quand tout son entourage le met en garde, même quand tout tend à le conduire vers la chute.

Dans A l’aventure, Brisseau pousse la démarche au seuil du ridicule. Mêlant une esthétique à la frontière du porno et des références au cinéma fantastique, il réalise un film étrange qui divise radicalement la critique. Aboutissement d’une quête pour les uns, pied-de-nez ridicule à ses détracteurs pour les autres, il nous entraine sur les pas d’un psychiatre lui aussi fasciné par les femmes.

Reste, quoi qu’il en soit, de ces trois films, une façon de filmer le nu féminin, le sexe et l’extase qui n’appartient qu’à Jean-Claude Brisseau.