Joe Sarno s’est éteint le 27 avril dernier. Figure de la sexploitation, le cinéaste américain revendiquait la paternité d’une centaine de films, du porno soft au cinéma « sexuellement explicite ».

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans… Car Joseph W. Sarno est un pionnier. C’est dès 1961 qu’il tourne son premier film pour adultes. Formé comme beaucoup de cinéastes américains de l’époque (Russ Meyer notamment) par le journalisme militaire de l’US Army, le réalisateur, qui a alors 40 ans, ne se pose pas d’autres questions que de savoir s’il ne va pas avoir de problèmes avec la justice.

Joe Sarno cinéaste érotique

« Je me concentre sur l’orgasme féminin autant que je peux…les femmes ont plus d’imagination que les hommes ! »

Spécialisé dans le softcore, Jope Sarno enchaîne les tournages. Des films comme Sin in the Suburbs (1964) Flesh and Lace, The Bed and How to Make It et Moonlighting Wives (1966) le font très vite remarquer par les amateurs et professionnels du genre. Le style sexploitation se caractérise alors par l’éclairage clair-obscur (grands contrastes entre la clarté et la pénombre), une mise en scène rigoureuse et de longs plans séquences.

Mais, déjà, Joe Sarno apporte sa touche personnelle. Car l’homme est loin des clichés machistes véhiculés par le porno. Fasciné par les amours lesbiennes, admiratif de la puissance du désir érotique, il semble voué un culte au cunnilingus et à la position dite de l’amazone.

Joe Sarno : à la recherche de l’érotique perdu

Ce qu’invente Joe Sarno, en particulier dans la première moitié des années 1970, époque durant laquelle il commence à alterner productions softs et hardcores, c’est une véritable esthétique d’Eros. Et c’est là que les choses deviennent passionnantes.

librairie érotique

Car s’il est admis que l’humour (ou le comique) est une esthétique, qu’il est convenable de faire de l’art en faisant rire, il est moins reconnu que l’on puisse faire oeuvre de création en faisant bander (ou mouiller).

Premier film de type « sexuellement explicite », Sleepy Head (1973), s’il respecte les conventions du porno, est loin des automatismes du genre, et des passages obligés de l’industrie du sexe filmé d’aujourd’hui . La séquence éculée (sans jeu de mots) fellation, (cunnilingus), coït vaginal, coït anal, éjac faciale n’a ici pas cours. Comble de l’interdit pornographique, un homme continue à lécher le sexe de sa partenaire après avoir joui ! Quelle honte !

[encart]ABIGAIL LESLIE IS BACK IN TOWN

Abigail Leslie, une jeune femme superbe et libérée, revient après deux ans d’absence à Bay Point, aux Etats-Unis. On apprend qu’elle avait quitté la petite localité après avoir été surprise par sa meilleure amie dans les bras de son mari. Dès lors, la rumeur gronde contre cette femme aux moeurs et à la cuisse légères.

A ce stade, on imagine bien un film narrant la difficulté à assumer ses désirs sexuels dans une petite ville provinciale, coincée entre le désir des hommes et la jalousie des femmes.
Mais Sarno ne tombe pas dans ce pathos là. Car Abigail gagne. C’est elle qui pervertit un à un les membres masculins et féminins de la petite communauté, entraînant toute la ville dans la débauche.

Joe Sarno Abigail Leslie

Jusqu’à la belle Priscilla, la victime du cocufiage, qui, vaincue, se rend chez Abigail, non pas pour lui demander de quitter Bay Point, mais pour lui demander de lui apprendre la jouissance.

Coeur de l’intrigue, la relation entre les deux femmes, la romantique conventionnelle et la libertine sensuelle, se tend autour d’une complexité des sentiments et des désirs qui font du film, à notre sens, un exemple de ce que l’érotisme porte, artistiquement parlant.

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    C’est aussi la période des grands classiques softs. Joe Sarno propose un autre regard sur le désir, la jouissance, le sexe, à travers des films qui sont aujourd’hui reconnus comme des oeuvres d’auteur. Daddy Darling, l’histoire d’une jeune fille éprise de son père, et qui assouvit sa jalousie à l’égard des femmes qu’il cotoie à travers les passions saphiques qu’elle suscite ou encore Abigail Leslie is back in Town (voir encadré) donnent à voir une approche authentiquement artistique de l’érotisme.

    Par la suite, Joe Sarno multipliera les productions pornographiques explicites. Mais cela est une autre histoire…