La maman et la putain. Deux figures archétypales qui conditionnent encore trop souvent les rapports hommes-femmes. Et si l’échangisme donnait à penser une autre vision des choses ? Féministe, le libertinage ? L’idée n’est peut-être pas aussi saugrenue que ça.

Prenez un club libertin moyen. N’importe où en France. Vous allez y trouver des ouvriers, des employés de bureau, des médecins et des avocates. Des personnes à bac+7 et d’autres à bac-2. On a souvent eu l’occasion de le dire ici, la sociologie des clubs échangistes ressemblent à s’y méprendre à celle de la population française en général.

On est bien loin du cliché sur le libertinage « CSP+ » véhiculé par la littérature, bien loin aussi du côté « beauf » imaginé par d’autres. On est en face de Français et de Françaises, comme les autres. Pas de raisons de s’imaginer, donc, que les libertins et libertines seraient plus (ou moins) féministes que les autres. Et pourtant…

libertinage en couple

Pourtant c’est peu de dire que le milieu libertin envisage le rapport des femmes au sexe d’une toute autre manière que l’ensemble de la société. Quand une mère de famille, bien sous tout rapport, partouze avec des inconnus, les clichés sur la sexualité féminine, les archétypes de la maman et la putain volent en éclats. Y aurait-il quelque chose d’un féminisme dans le libertinage contemporain ?

Ma femme aime le sexe et alors ?

C’est bateau de le dire, mais ça n’en reste pas moins vrai : quand une femme multiplie les partenaires sexuels, c’est une salope, quand un homme fait de même, c’est autre chose. Pas dans le milieu échangiste. Dans le monde libertin, une femme qui assume ses envies est une héroïne.

Y compris du point de vue de son mari. C’est une chose d’aller en célibataire, dans le dos de son épouse, dans les clubs libertins, c’en est une autre de comprendre que sa femme, elle aussi, peut avoir envie d’autre chose. « Ma femme aime le sexe, elle n’en est pas pour autant une salope, une mauvaise mère ou un objet sexuel ». C’est, d’une façon ou d’une autre, la démarche que doivent faire tous les hommes des couples libertins.

Ici, l’essentialisation de la sexualité féminine (douce, fidèle, amoureuse…) se heurte à la réalité. Il existe des femmes qui différencient sexe et amour, qui aiment le sexe pour le sexe, et qui assument.

Je suis une salope et j’en suis fière

Simple échange de bons procédés, répondent les néo-puritains : « tu me prêtes ta femme, je te prête la mienne ». Faux, manifestement, puisque si ce sont les hommes qui poussent le couple dans la voie du libertinage, ce sont bien souvent les femmes qui souhaitent continuer. Même si elle peut exister, la figure de la femme docile qui suit son homme en boite à partouzes reste infiniment minoritaire.

Le féminisme du libertinage contemporain tient en un fait simple : les clichés de « genre » quant à la sexualité ne résistent pas à l’épreuve de la réalité. Non, la femme n’est pas nécessairement une victime de la libido de l’homme. Voilà ce qu’affirment, de fait, les couples qui s’amusent et prennent du plaisir à pratiquer l’échangisme et les autres formes du libertinage.

Alors pourquoi tant de libertines revendiquent-elles haut et fort leur côté « salope » ? Constat d’échec du féminisme libertin ou simple inversion du stigmate ? Quiconque a pris le temps de parler avec celles d’entre les femmes échangistes qui utilisent ce mot sait parfaitement ce qu’il en est.

Du féminisme en milieu libertin

Ce qui se joue ici, c’est la lutte contre l’essentialisme qui définit encore trop souvent la sexualité des femmes et des hommes : les unes aiment le sexe par amour, les autres aiment le sexe pour le sexe. Il y a alors trois visions de la sexualité des femmes libertines.

Les deux premières sont essentialistes : la femme libertine est soumise à la libido de son conjoint ou alors la femme libertine est perverse, au sens où elle défie des lois naturelles propres à son sexe. La troisième est existentialiste : la femme libertine est un individu avant d’être une « femelle », elle est libre de ses choix en matière de sexe.

Ce n’est sans doute pas un hasard si le combat pour le féminisme et celui pour la libération sexuelle ont toujours été historiquement liés…

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