Tout le monde en parle : et si la fameuse théorie du genre avait à voir aussi avec le libertinage ? Ou comment les réacs de tout poil s’attaquent à notre liberté sexuelle en prônant un essentialisme absurde.

L’étrange rumeur s’est répandue comme une trainée de poudre. La théorie du genre et le complot LGBT sont de sortie et menacent les fondements de notre société. Certains vont même jusqu’à dénoncer un complot du gouvernement qui voudrait, dans une entreprise folle, détruire la distinction entre les sexes.

Il y avait bien longtemps qu’on n’avait pas assister à un tel détournement des faits, mais aussi des débats scientifiques les plus pointus, à des fins idéologiques qui devraient alarmer tout ce que notre société compte de libertins, de corps ou d’esprit.

La théorie du genre, qu’est-ce que c’est ?

Disons-le tout net : la théorie du genre n’existe pas. Ou alors faudra t-il nous expliquer comment l’expression « gender studies » est devenue en Français la fameuse « théorie du genre »… De quoi s’agit-il donc ? Voici déjà un moment qu’un certain nombre de scientifiques, d’abord issus des sciences exactes (génétique, biologie, zoologie…) puis des sciences humaines (sociologie, anthropologie sociale, histoire…), s’est aperçu que tout ce qu’on tenait pour évident en terme de distinction des sexes, des genres, se révélait bien moins binaire qu’il n’y paraissait en première analyse.

De là, se sont formés des laboratoires d’études scientifiques pluridisciplinaires, regroupant des chercheurs en sciences exactes et en sciences sociales qui ont tenté de dépatouiller ce qui faisait genre entre la génétique, la biologie, la culture… Ainsi naissent les « gender studies », les études de genre. Des scientifiques qui s’interrogent… parce que c’est leur boulot.

A ce stade, et au point où en est le débat, on pense à Galilée, on pense à Darwin qui, en leur temps, se sont affrontés à tous les obscurantismes, réclamant simplement le droit de pouvoir chercher. On pense – et c’est peut-être encore plus inquiétant – à la rumeur des protocoles des sages de Sion, qui prêtait l’intention aux Juifs de vouloir dominer le monde. Cette fois, le complot est homo, mais le processus de la rumeur créée et dirigée par l’extrême-droite a des airs de famille…

Etudes de genre et libertinage

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Cette levée de boucliers obscurantiste et réactionnaire ne vise pas que les droits des homosexuels. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si elle a touché en premier lieu un document visant à promouvoir l’égalité homme/femme.

Le libertinage dans tout ça ? Il est potentiellement au cœur du débat. Posons un principe : l’homme aime le sexe pour le sexe, la femme n’aime le sexe que par amour. Un archétype classique des sociétés occidentales. De là, si des libertines se vautrent dans le stupre et la fornication, c’est soit qu’elles sont manipulées par des hommes aussi dominateurs que vicieux (thèse du féminisme anti-sexe – voir notre article sur la sociologie et le libertinage), soit qu’elles ont un comportement déviant, pathologique sur le plan psychique.

Ce qu’étudient les gender studies, c’est la possibilité que ce que nous tenons pour acquis concernant la sexualité des hommes et des femmes, relève davantage de l’archétype culturel que d’une réelle distinction « naturelle » entre les hommes et les femmes. Peut-être certaines femmes saines d’esprit apprécient-elles le sexe pour le sexe, après tout ? Dès lors, le milieu libertin est un terrain d’étude idéal pour qui veut comprendre ce qui relève de la nature, et ce qui relève de la culture.

Mais pour autant, les études de genre ne cherchent pas à justifier, ou encore moins à promouvoir, le libertinage. Pas plus que l’homosexualité ou la masturbation à l’école. Elles cherchent juste à démêler les choses, à y voir plus clair, et à décrire une réalité. Parce que c’est le but de la science.

On pourra dire que tout cela ne repose sur rien de concret, on pourra contester, hurler au complot. On pourra demander l’interdiction de ces recherches. Mais, pourtant, elle tourne.