« Voiler le corps de Fatima, mais c’est à peu près aussi con que de poser une bâche sur un tableau de Rembrandt ! Et c’est moi le mécréant ? » s’énervait Nicolas Bedos, il y a quelques jours. Et si, dès lors, la nudité féminine – l’érotisme, en général – était la meilleure arme contre l’islamisme et le fanatisme religieux ?

Nous sommes en octobre 2011. Aliaa, jeune égyptienne de pas encore 20 ans est seule dans sa chambre. Blogueuse, elle ne supporte plus le carcan que font subir à la société égyptienne les intégristes de tout poil. Elle veut protester. Alors, Aliaa Magda Elmahdy se déshabille, revêt des bas à pois, des ballerines rouges et un simple nœud rouge dans ses cheveux. Elle se prend en photo et poste son œuvre sur internet.

en un cliché, Aliaa Magda Elmahdy est devenue un symbole de la résistance à l'islamisme

en un cliché, Aliaa Magda Elmahdy est devenue un symbole
de la résistance à l’islamisme

Les réactions ne se font guère attendre. Les menaces de mort poussent la jeune étudiante en Art à l’exil : « Cachez les livres d’arts et écrasez les statues archéologiques nues, puis enlevez vos vêtements et regardez-vous dans le miroir. Brûlez vos corps que vous méprisez dans le but de vous débarrasser de vos complexes sexuels pour toujours, avant de diriger vos insultes sexistes contre moi et de nier la liberté d’expression. »

Islamisme, nudité féminine et blasphème

Un peu partout dans les pays musulmans et ailleurs, la provocation de la jeune artiste est vécue comme un blasphème. Un « hurlement contre l’islamisme » pour Maryam Namazie, opposante iranienne, qui lance dans la foulée un calendrier de militantes féministes nues. Aliaa, elle, n’en reste pas là : elle rejoint les FEMEN et manifeste nue en compagnie de deux d’entre elles devant l’ambassade d’Egypte en Suède.

Aliaa  Elmahdy et les FEMEN

Aliaa Elmahdy et les FEMEN devant l’ambassade d’Egypte

C’est peut-être la seule chose qu’il y a de bien avec les islamistes : ils sont si susceptibles qu’ils sont faciles à provoquer. Tout récemment, Aliaa a remis ça en posant nue, les jambes écartées, sur le drapeau de l’état islamique, posant la question de savoir quoi, des massacres de l’EI ou des cycles menstruels, sont les plus offensants.

En mars 2013, une jeune femme tunisienne poste également une photo d’elle, seins nus, proclamant que « (son) corps (lui) appartient et n’est source d’honneur pour personne ». La nudité féminine devient un acte politique, contre le fanatisme islamiste. Moins d’un mois après les attentats contre Charlie Hebdo, l’actrice iranienne Golshifteh Farahani, exilée en France, pose nue dans la revue Egoïste.

Golshifteh Farahani nue

poser nue devient un acte politique et symbolique fort

La jeune comédienne n’en fait pas des tonnes dans ses commentaires : « Paris est le seul endroit de la planète où les femmes ne sont pas coupables. En Orient, tu l’es tout le temps. Tu es coupable dès que tu ressens tes premières pulsions sexuelles, avant même l’adolescence. La France m’a libérée. Je pense que toutes les femmes du monde devraient passer un an à Paris, au minimum, ça devrait être remboursé et obligatoire ».

Le nu et la fanatisme

Au delà du seul islamisme, la nudité féminine devient un enjeu symbolique et politique majeur, contre le sexisme et contre le puritanisme. Ainsi des FEMEN qui manifestent seins nus. Contre tous les sexismes et contre toutes les religions. N’oublions pas que certains de ceux qui proclamaient « JE SUIS CHARLIE » il y a peu condamnaient avec véhémence (voire intégrisme) l’irruption des militantes topless dans la cathédrale Notre-Dame de Paris.

femen notre-dame

manifestantes FEMEN à Notre-Dame de Paris

Il n’y a décidément pas que l’Islam à avoir un problème avec la liberté d’expression, d’une part, et la nudité féminine, d’autre part…