Prenez des tranches de poisson cru, appelées communément sushis ou sashimis. Disposez-les sur le corps d’une femme nue et réunissez les convives. C’est le nyotaimori, un rituel plus japonisant que réellement japonais, entre gastronomie et érotisme.

Depuis le XIXème siècle au moins, le Japon est, aux yeux des occidentaux, une terre de raffinement et d’érotisme. « Viens voir mes estampes japonaises » résume en soi le regard porté par nos sociétés sur celle de l’Empire du Soleil Levant.

nyotaimori

Depuis quelques années, une pratique inspirée de cette culture japonaise – et du regard que nous portons sur elle – est en vogue : manger des sushis et sashimis sur la peau d’une belle femme nue, le nyotaimori.

De l’érotisme du sushi

Posez la question autour de vous. Nombreux sont les consommateurs de sushis qui trouvent dans la dégustation du poisson cru des vertus, sinon aphrodisiaques, au moins érotisantes. Sans doute cela tient-il aux tranches de gingembre confit qui accompagnent les sushis ? Ou peut-être est-ce la consommation de chaire crue ?

Pour celles et ceux qui ne connaissent pas cette savoureuse cuisine, quelques précisions. Car il y a sushis et sushis. D’abord le sashimi : simple tranche de poisson cru. Ensuite le sushi à proprement parler, où la tranche de poisson repose sur un bateau de riz collant. Enfin, pour faire un tour d’horizon rapide, le maki, où le riz et le poisson (parfois le légume) sont entourés d’une feuille d’algue (le nori).

On est bien loin de l’image occidentale du poisson, toujours un peu puant, un peu sale. Non, dans la cuisine japonaise, le sushi est un must.

Aux origines du nyotaimori

C’est là que le fantasme occidental entre en jeu. Posez la question à des spécialistes du Japon, nombreux sont ceux qui vous répondront que le nyotaimori (la femme nue et les sushis) est une invention occidentale. D’ailleurs, il paraît qu’on ne trouve aucun restaurant, à Tokyo, qui propose ce genre de divertissement.

D’autres connaisseurs ont une autre explication. Nyotaimori signifie littéralement : « présentation sur le corps d’une femme ». Cette pratique reposerait sur la tradition nipponne du Gaman, c’est-à-dire sur la capacité à surmonter bravement une épreuve. A l’érotisme supposé de la culture japonaise se mêlent d’autres concepts, d’autres visions que nous avons, à tort ou à raison, du Japon : un certain stoïcisme, la tradition des geïshas…

Reste que de nombreux restaurants japonais, en occident, proposent de déguster leurs spécialités sur le corps d’une femme nue, aux Etats-Unis, mais aussi en Allemagne ou en France. Il convient que le corps du modèle soit lavé avec un savon sans parfum (pour ne pas altérer le goût du poisson) et entièrement épilé (le poil revêt une symbolique très particulière au Japon). On asperge ensuite le corps d’eau froide pour limiter l’effet de la température corporel.

Autant dire que le statut de modèle de nyotaimori ne correspond pas à une partie de plaisirs, puisqu’il faut rester entièrement immobile durant toute la dégustation. Il existe d’ailleurs une variante BDSM à cette pratique, qui se mêle alors à la tradition du shibari.

Et les hommes alors ?

Je vois les plus féministes d’entre vous se décomposer. Et je les comprends. Mais, si ça peut vous rassurez, il existe une variante où le modèle est un homme nu : le nantaimori.

Enfin, il existe un film de fiction, Suhi Girl, qui traite de cette pratique. Inutile de vous dire que ce film est américain.