Internet : la menace. Djihadisme, groupes haineux, mais surtout porno. Notre jeunesse court un grand danger. Mais attention, dire ça, ce n’est pas faire valoir des arguments rétrogrades ou puritains, non. Car nos pères la morale ne veulent protéger qu’une chose : la libido de nos enfants.

Il s’appelle Thomas, ou Mourad, il a 14 ans. Et cet adolescent comme les autres a un problème : il est accroc au porno sur le web. Depuis son smartphone, il en consomme des tonnes, accessibles en quelques coups de doigt sur son écran tactile. Il y a encore deux ans de cela, il était dépendant aux jeux vidéos. Thomas (ou Mourad) est dans nos émissions de télé. Car il n’est pas un cas isolé. Il est symptomatique de cette jeunesse décadente (forcément décadente !) qui ne connaît rien du réel, qui s’est laissé enfermer dans le virtuel.

Ce qu’il y a de bien avec Thomas (un peu moins peut-être avec Mourad), c’est qu’il fait vendre des espaces publicitaires télés très chers. Parce que Thomas fait peur. Et pas seulement aux vieux réacs qui refusent que leur enfant voit un bout de nichon (ou une bite) avant ses 18 ans révolus. Il fait peur aussi aux parents libéraux qui veulent pour leurs enfants une sexualité épanouie.

Le coup de la bifle

Et le pire, dans tout ça, c’est que Thomas et Mourad ne sont pas les seuls à être accrocs au porno. Manon aussi reluque des scènes de cul sur sa tablette connectée. Au point que ces jeunes qui n’ont pas encore de sexualité (enfin, on espère !) risquent de prendre le gonzo pour argent comptant, être persuadés que la sexualité, c’est cette chose bestiale : fellation, (cunnilingus), pénétration vaginale, pénétration anale et éjaculation faciale.

L’anti-porno n’est plus l’apanage des chrétiens (musulmans) intégristes et de quelques vieux cons coincés. Sur la matinale de Canal+ aussi, on s’émeut de cette prise en otage de la libido de notre jeunesse. Le porno, c’est sale, ça montre quelque chose de la sexualité que nos jeunes ne doivent pas découvrir.

Et comment dire le contraire ? Voir une triple-pénétration anale quand on a 12 ans, forcément, ça choque ! Et il faut voir ce qu’ils inventent comme nouvelles cochonneries, ces pervers ! La bifle, par exemple : les médias nous en ont fait manger de la bifle ! Contraction de bite et de gifle, je ne vous fais pas un dessin… Et ben, la bifle, ça a beaucoup fait marrer dans les cours de récré, mon pauv’ monsieur. Quand on pense que d’mon temps, on se masturbait sur le catalogue de La Redoute…

Le porno nuit à la santé

On aura tout essayé : contrôles parentaux, mise sous tutelle ayatollesque des réseaux sociaux, croyez-le ou non, mon petit Thomas – 14 ans, donc – quand une fenêtre s’ouvre pour lui demander s’il est majeur, il clique « oui » ce petit con ! Alors que faire ? Interdire totalement le porno en ligne, comme tente de le faire le très puritano-puritain David Cameron ? Voilà qui est tentant.

Mais attendez une minute… Cet argument là, on ne l’a pas déjà entendu quand certains vendaient sous le manteau des récits érotiques, de la littérature de la main gauche, au XIXème siècle ? Ou quand d’autres ont commencé à éditer des cartes postales de nus ? Parce que, croyez-moi, les délires scato-sanguinolo-pervers de Mony Vibescu par Apollinaire, ça vaut bien Xhamster ou Jacquie & Michel ! Pas franchement la façon dont je veux que ma fille approche la sexualité…

Quand on veut interdire quelque chose, on fait toujours appel à la défense de la jeunesse (un grand classique : demandez à la Manif pour Tous).

Il faut s’y faire : nos ados vont avoir (et ont déjà) accès au porno. Alors, qu’est-ce qu’on fait ? On devance l’appel en leur parlant sexualité, on leur fait une éducation correcte à l’image, à la notion de fiction (oui, je vous jure, la triple-anale c’est surtout de la fiction) ou on se recroqueville dans un coin en espérant que ça passe ?

Et puis quoi ? A force de censurer tout et n’importe quoi, on place bien l’origine du monde de Facebook/Courbet au même plan que le pire gonzo… Ben oui, parce que même en matière de « porno », il y a des choix à faire. Et si on se mettait autour d’une table pour discuter, avec les fameux pornocrates ? Pour qu’ils fassent du meilleur porno, peut-être, plus humain, plus respectueux des femmes, etc… Et peut-être aussi pour ne pas appliquer le même contrôle, la même difficulté d’accès au bon vieux porno façon Canal+ (tiens, comme on se retrouve) qu’aux dernières productions uro-scato-BDSM ?

Il paraît que la pornographie, c’est l’érotisme des autres. OK. Mais on peut tout de même s’entendre sur le fait que la triple-pénétration ou le SM radical ne sont pas exactement à mettre sur le même plan que d’autres « scènes de genre » ? En la matière, comme en d’autres, le tout répressif a depuis longtemps montré ses limites. Alors pourquoi ne pas faire comprendre à nos ados qu’un certain porno est « de leur âge » (vous n’auriez pas été sur des sites de cul, si vous aviez pu, au même âge ?) et qu’un autre est réservé à des gens expérimentés qui savent déjà bien ce qu’ils veulent ?…

illustration : la France à Poil