On lui a connu des dizaines d’amantes, et parmi les plus belles et les plus convoitées de son époque : Bardot, Birkin, Bambou, malgré sa tête de chou, Serge Gainsbourg a déployé des trésors d’érotisme et de provocation pour assumer sa libido.

Parolier, compositeur, interprète, cinéaste ou photographe, Serge Gainsbourg est, depuis 1967 et « Je t’aime moi non plus », chanson sulfureuse créée avec Brigitte Bardot puis publiée avec Jane Birkin, l’incarnation du porno chic et provoc’ de l’âme française.

Gainsbourg érotique et Jane Birkin

Jane Birkin, qu’il embarque systématiquement avec lui
dans ses coups de semonce contre l’ordre moral établi

Obligé de retirer la première version sous la pression de BB, il rencontre la charmante petite anglaise Birkin qui, à la grande surprise du créateur, prend l’octave supérieure pour donner un aspect aussi ingénu que dérangeant à l’enregistrement. Le disque est un carton autant qu’un scandale total sur le continent européen.

« Si je baise ? Affirmatif »

Ces péripéties illustrent à leur manière les rapports entre l’œuvre érotique et la vie amoureuse de Gainsbourg. De quoi se demander, d’ailleurs, si ce qui choque le plus la morale publique n’est pas tant les propos artistiques des chansons les plus contestées que le fait que cet homme qui se décrit lui-même comme laid séduise les plus belles femmes de son temps.

librairie érotique

Gainsbourg n’en est alors pas à sa première création inspirée par la sexualité. Dès ses débuts, il écrit en 1958 « La femme des uns sous le corps des autres », chronique sociale et quelque peu moraliste des cinq-à-sept hypocrites de la société française. Mais là, comme dans d’autres chansons, Gainsbourg ne franchit pas la ligne jaune. Quand on demande à France Gall pourquoi elle n’interprète plus « Les Sucettes » sur scène, elle répond que ce n’est plus de son âge. Et la jeune chanteuse n’est sans doute pas la seule à être restée si naïve ….

Gainsbourg la provoc’

L’audace, la vraie, lui viendra après les quelques retentissantes conquêtes féminines dont la presse, qui n’est pas encore people, fait état dans les années 60. Est-ce le texte de « Je t’aime moi non plus » ou les murmures libidineux des deux interprètes féminines qui hérissent le poil vatican des censeurs ?

Indissociables, dès lors, les saillies pornocrates du provocateur et sa liaison complexe avec Jane Birkin, qu’il embarque systématiquement avec lui dans ses coups de semonce contre l’ordre moral établi. Et voilà les deux amants repartis à la conquête de la censure, si vaine et finalement si favorable au succès d’un disque. Si 1969 – et les années suivantes – doit être érotique, c’est aussi parce que Gainsbourg a bien compris que la provocation « sexe » est une des clés du succès médiatique.

VIVE LA DECADANSE DES CLUBS LIBERTINS

DECADANSE GAINSBOURGVous allez dire que c’est une obsession. Et vous aurez raison, mais chez IDL Mag, on n’est toujours pas fans de la musique des clubs libertins.

Et on réclame un peu de diversité. Alors, la Décadanse, ou quand Gainsbourg s’improvise chorégraphe coquin, pourrait prendre une petite place sur les playlists, non ?

Fin des années 60, années 70, le couple désormais maudit multiplie les tentatives : « 69, année érotique », « la décadanse », « raccrochez, c’est une horreur » et Jane Birkin posant nue dans Lui sous la férule de Gainsbourg… Aucune de ces provocations n’atteindra le retentissement de « Je t’aime moi non plus », ni son importance artistique. Mis à part sans doute, le projet plus sincère de l’album-concept « Melody Nelson » et son « Hôtel Particulier », d’un érotisme dandy.

Hétéro ? moi non plus

Etrangement, c’est avec la fin de l’idylle Serge-Jane, et la naissance de l’infâme Gainsbarre, que Gainsbourg retrouve un second souffle érotico-provoc’. C’est la période Bambou, autre femme-enfant à la poitrine menue. C’est la période « Bambou et les poupées » et Gainsbourg dans le rôle du photographe fou offrant le corps de sa moitié aux regards les plus indécents. C’est la période « Love on the Beat », où les murmures sont remplacés par les cris d’extase et de douleur. « Brûlants sont tous tes orifices – Des trois que les dieux t’ont donnés – Je décide dans le moins lisse – D’achever de m’abandonner ».

Gainsbourg - Bambou les poupées

« Bambou et les poupées » et Gainsbourg
dans le rôle du photographe fou

Et voilà que surgit chez Gainsbourg une révélation sur lui-même. Quelque chose d’une bisexualité – ou d’une homosexualité – refoulée. Un goût pour l’amour par derrière, pour les désirs troubles. Et nous, de se souvenir de « Je t’aime moi non plus », le film, cette fois, réalisé en 1976 par un Gainsbourg pas encore Gainsbarre, mettant en scène sa femme androgyne, Jane, amoureuse d’un gay qui ne pense qu’à l’enculer. Un joli thème…