Au sujet de l’échangisme et du libertinage, on nous parle souvent de démocratisation ou de mode, alors même que les quelques enquêtes sérieuses montrent une stabilité du nombre de couples libertins depuis des décennies. Il faut bien le reconnaître : le sexe en groupe reste un énorme tabou.

Une soirée un peu arrosée entre trentenaires. Très vite, la conversation se fait paillarde. L’une parle devant tout le monde ses pratiques sexuelles avec son mec (« j’adore lui lécher les couilles »), l’autre explique par le menu l’intérêt de son tout nouveau sextoy.

Bref, l’ambiance est à tout, sauf à la pudibonderie, lorsque quelqu’un évoque le sujet de l’échangisme. Levée de bouclier générale. Chacun – et chacune – y va de sa condamnation personnelle. Au mieux, on dit ne pas comprendre « ces gens là » sans même imaginer que certains d’entre eux « en sont ».

le tabou du sexe en groupe

parlez échangisme et sexe en groupe :
c’est la levée de boucliers assurée…

Et puis l’on revient aux classiques : le plaisir de la levrette, le sexe oral… Non, le sexe en groupe et l’échangisme restent des tabous incontournables, y compris chez certains jeunes gens plutôt libérés.

De la fidélité en couple

La culture télé, largement dominée par le puritanisme américain, est passée par là. Faisant de l’adultère le crime contre l’amour le plus insensé. La femme des uns sous le corps des autres ne fait même plus rire comme au temps du plus mauvais théâtre de boulevard. L’infidélité, c’est le drame absolu.

On a même vu certains journalistes de la « jeune génération » nous expliquer, sans rire, que l’échangisme n’était qu’une façon trouvée par certains couples d’assumer leur propre fidélité (ou infidélité, on ne sait plus). Exit, la recherche de plaisir, le couple fidèle (même à sa façon) est le seul horizon acceptable.

Du sexe en groupe

Et puis, il y a le sexe en groupe. Comment donc expliquer une telle réaction chez des trentenaires, hommes et femmes, qui devisaient cinq minutes plus tôt de leurs tromperies d’antan (forcément d’antan) ? La réponse est -presque – dans la question.

On aura beau prendre le problème dans tous les sens (si j’ose dire), la sexualité reste l’affaire d’un homme et d’une femme (ou d’un homme et un homme, une femme et une femme – nos trentenaires ne sont pas homophobes). N’allez pas leur parler des joies de la partouze, sous peine d’être excommunié sur le champ de leurs délires paillards.

pluralité sexuelle et échangisme

la pluralité sexuelle relève, pour beaucoup, de la bestialité

Le sexe en groupe, c’est la bestialité. Cette génération qui a vite admis les joies du sexe sans amour (n’a-t-elle pas inventé le concept de pote de baise ?) ne veut pas entendre parler de pluralité sexuelle. OK pour l’homosexualité, OK pour les sextoys, OK pour le sexe anal, mais l’orgie, c’est non.

Du sexe à plusieurs en milieu libertin

Et que dire du milieu libertin et de l’échangisme (ou du mélangisme) en particulier ? Des couples (de plus en plus nombreux semble-t-il), recherchant pourtant a priori le sexe à quatre, refusent catégoriquement le sexe en groupe (à plus de 4). Il n’est aucunement dans mes intentions de juger ce choix libre et consenti, mais on pourra tout de même noter le paradoxe.

A la limite, on sera moins étonné de trouver la pratique de la chambre-à-part : le monsieur du couple A va avec la dame du couple B, et inversement, dans des chambres séparées. Là, il n’est même plus question de sexe en groupe, mais juste de 1+1. Dans le milieu libertin lui-même, le sexe en groupe finit par avoir mauvaise presse…

Qu’on me comprenne bien ici. Je ne prétends nullement juger l’érotisme des uns et des autres. Mais le fait qu’une sexualité – fut-elle de groupe – entre adultes consentants, soit aussi unanimement rejetée a de quoi inquiéter. A mon humble avis…