A travers trois sujets d’actualité, découvrons comment la politique envisage le sexe. A quelques semaines du premier tour de la présidentielle, le sexe est-il un enjeu politique comme les autres ? Sexe et politique : 3 questions passées au grill de la politique.

I-télé, février 2012 : le désormais très respectable numéro 2 du FN, Louis Aliot, se voit demander : »il n’y a que des partouzards au sein du parti socialiste ? ». Le responsable d’extrême-droite se défend et précise qu’il parlait de corruption. Corruption, viol, prostitution et « partouzes », après tout, quelle différence ?

sexe et politique

les sujets mêlant sexe et politique ne manquent pas

Aucun doute, les affaires DSK ont durement plombé le débat politique. A moins que… A moins que la tentation d’aller regarder de plus près la « moralité » de la vie publique, au nom de la sacro-sainte transparence, n’avait trouvé dans ces affaires judiciaires que l’alibi qui lui manquait.

Sexe et politique : les enjeux

Qu’il semble loin le temps où toute la France se gaussait des Américains et de leur Monicagate… Car, après tout, si un homme politique viole une femme, il relève du droit commun. Et s’il participe à des « partouzes » marquées du sceau du consentement, il est protégé par le droit à la vie privée… Non ?

[encart]Sexe et politique dans le monde

Islamisme dans les pays musulmans, montée des réacs du « Tea-Party » aux Etats-Unis, répression anti-sexe dans les dictatures communistes… L’affirmation du droit à une sexualité libre semble aujourd’hui, comme hier, une nécessité.
sexe et politique Aliaa Elmahdy
Récemment, c’est une jeune féministe égyptienne, Aliaa Elmahdy, qui a mis les pieds dans le plat, en créant un buzz « pharaonique » dans les pays arabes en osant poser nue sur son blog.

A quand une « Internationale Libertine » ?

illustr. : Aliaa Elmahdy nue sur son blog[/encart]

Sauf que, voilà, la sexualité a toujours été un enjeu politique majeur. Il suffit de reprendre la chronologie des lois sur la contraception ou sur les droits des minorités sexuelles (voir encadré) pour en prendre conscience.

Mais l’affaire DSK est passée par là et les politiques marchent sur des œufs dès lors qu’il s’agit de sexe. Et, pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent.

Prostitution et prostitution d’autrui

Le premier débat qui semble avoir été enterré en même temps que les rêves élyséens de DSK est bien sûr celui de la prostitution. Si tout le monde s’accorde à dire que le statu quo n’est pas une solution, que les trafics d’êtres humains et l’esclavage sexuel sont des réalités, la société civile est encore traversée par des querelles sur les remèdes à adopter.

Droit des prostituées et des travailleuses du sexe elles-mêmes, possibilités de sortir de la prostitution, les questions posées sont complexes. Des questions pourtant unanimement écartées d’un revers de la main par la classe politique. En 2012, il est de bon ton d’être abolitionniste, dans une volonté de pénaliser le client, c’est-à-dire la prostitution d’autrui.

Et peu importe que de telles mesures aient subi de cuisants échecs dans les pays du nord de l’Europe, le débat politique se résume (on n’entend qu’eux) à un débat entre une frange abolitionniste du courant féministe et les odieux (forcément odieux) clients, dont quelques personnalités du monde du spectacle ont bien voulu se faire les porte-paroles.

En la matière, UMP et PS, en dépit de dissensions internes, adoptent la même ligne : l’abolition. Seul François Bayrou semble s’alarmer d’un tel simplisme.

Droit des minorités sexuelles

En 1981, le gouvernement socialiste s’empresse de mettre fin aux dernières lois pénalisant en tant que telles les relations homosexuelles. Et puis, il y eut le PACS et, maintenant, la question du mariage gay.

Quand on a une approche libertine, qu’on soit pour ou contre le mariage dans l’absolu, on ne peut que s’élever contre une disposition qui introduit une discrimination au nom des choix sexuels, érotiques et amoureux des individus.

Ici, le débat droite-gauche semble s’être reconstitué : au PS, chez les Verts, ou au Front de Gauche, on est favorable à l’ouverture du droit au mariage aux couples du même sexe. Seule exception, Nathalie Arthaud (Lutte Ouvrière) qui juge le mariage trop conformiste. A droite, seul Dominique de Villepin a montré sa volonté d’en finir avec la discrimination, tandis que Nicolas Sarkozy et, bien sûr, Christine Boutin et le FN (toujours aussi réactionnaire sur les questions de sexualité), s’y opposent.

Même François Bayrou, le candidat centriste, précise que « le mariage, c’est l’union d’un homme et d’une femme » et se prononce pour un contrat civil. Signe sans doute qu’égalité et conformité avec les valeurs majoritaires vont encore de paire pour beaucoup de politiques… Les récents propos du député UMP Christian Vanneste viennent tristement le rappeler.

Contraception et préservatif

On n’en a donc pas fini avec la propension du politique à venir voir ce qui se passe dans le lit des gens. Pour preuve, la réactivation du débat sur la contraception. La question des distributeurs de préservatifs dans les lycées n’est toujours pas réglée.

Pire. Le lancement des « pass contraception », par les conseils régionaux de gauche, partant du principe qu’on se doit de proposer la gratuité (et l’anonymat) de la contraception aux jeunes femmes, a ému une partie de la droite, jusqu’à Nora Berra, secrétaire d’état à la santé. L’argument ultime étant la possible toxicité des moyens actuels de contraception…

Heureusement, le gouvernement a opéré un revirement, notamment sous l’autorité de Luc Châtel, ministre de l’Education Nationale. C’est à la droite de la droite, et à l’extrême-droite, qu’on se lâche sur la question : « une diminution de l’autorité positive familiale » pour Christine Boutin, tandis qu’au FN, on préfère y voir l’empreinte du lobby pharmaceutique.

Où l’on se souvient – et ça a sans doute quelque chose à voir – que le FN appelait à demi-mot à l’interdiction des clubs libertins.

Alors, loin de nous l’idée de soumettre aux libertins et aux libertines une proposition de vote, mais il est bon, à l’heure du choix, de se rappeler que la liberté sexuelle est aussi une question politique. Le droit de vote ne s’use que si on ne s’en sert pas.

[encart]Sexe et politique : historique

1791 : la Révolution Française dépénalise les rapports homosexuels entre adultes consentants
1920 : la loi interdit la propagande anticonceptionnelle
1942 : Vichy pénalise l’homosexualité
1945 : la loi de Vichy opérant une distinction de majorité sexuelle pour les rapports hétéro et homo n’est pas abolie à la libération
1967 : la loi Neuwirth autorise la contraception
1974 : la majorité sexuelle pour les rapports homosexuels est abaissée à 18 ans (contre 21 ans précédemment, et 15 pour les rapports hétérosexuels)
1975 : autorisation de l’IVG
1975 : l’adultère est dépénalisé
1982 : la majorité sexuelle devient la même pour tous
1999 : le PACS est adopté[/encart]