A mesure que seins et fesses disparaissaient des écrans publicitaires télévisuels, ils investissaient un autre domaine jusque là inexploré : les séries télé sexuellement explicites sont nées il y a maintenant 10 ans.

Petite musique jazzy, puis une voix-off, qui ne semble avoir que le mot sexe à la bouche. On est en 1998, et Carrie Bradshaw nous raconte sa vie de célibataire branchée à New York sur un ton a priori libéré. Sauf que, à bien y regarder et à bien y écouter, on se rend compte que la journaliste américaine a une vision finalement assez pudibonde des rapports hommes/femmes et que le mythe du grand-amour/prince-charmant la travaille plus que de raison. Et l’action de se mettre au diapason du puritanisme de trois des quatre copines newyorkaises : côté scènes explicites, rien de bien croustillant à signaler, durant plusieurs années.

séries télé sexe Nip Tuck

les séries télévisées usent et abusent du
triptyque sexe, violence et ambiances glauques

Les choses, dans les séries télévisées, ne vont réellement changer qu’en 2003, avec l’apparition de Nip Tuck, les aventures de deux chirurgiens esthétiques obsédés par la réussite sociale et l’apparence physique qui, dans leur quête éperdue d’un sens à la vie, se roulent, l’un, puis l’autre, dans le stupre et la débauche, plongeant du même coup leur famille dans le chaos du crime et du malsain.

Télé : le sexe, la violence et le malsain

Car, pas de doute, les séries télé des années 2000 vont user et abuser du triptyque sexe, violence et ambiances glauques pour faire gonfler leurs audiences. Finis les McGyver et les gentils chasseurs d’extra-terrestres, le temps est au sexe, et à la perdition du héros dans la luxure.

Le sexe ? C’est pô bien ! Mais si on peut vous en montrer un peu, histoire de vous montrer à quel point une sexualité libérée va de paire avec une vie dissolue (et, au passage, vous maintenir devant vos écrans de télé), il n’y a pas de mal à se faire du bien. Et nos deux chirurgiens plastiques de rencontrer partouzeurs en tout genre, travestis déglingués, nymphomanes invétérées et transsexuelles prédatrices en même temps que mafieux et autres criminels.

Cinq ans plus tard, c’est à Hank Moody, écrivain paumé et fornicateur dans l’âme de Californication, de nous démontrer par l’absurde que décidément, l’amour physique est sans issue. Intrigues délirantes et malsaines garanties.

séries télé sexe Californication

à force de vouloir coller à la réalité, la fiction télévisée
a fini par produire sa propre réalité

Bien moins, me direz-vous, que les aventures de Dexter : car notre « sympathique » tueur en série (de Miami, lui aussi) a droit au sexe explicite. Mais bien moins encore que les vampires et leurs idolâtres de True Blood, une série dans laquelle le sang de descendants du comte Dracula revêt des propriétés aphrodisiaques insoupçonnées.

L’alibi historique du sexe explicite

Dans les séries télé, sexe et violence sont comme deux jumeaux. Mais les possibilités de les montrer ensemble ne sont pas si nombreuses que ça. A moins que. A moins qu’on n’y associe l’alibi historique : quelques tueries et quelques orgies à Rome, ou dans l’Ithaque d’Odysseus, qui pourrait bien nous en vouloir ?

Et comment diable raconter l’histoire de Henri VIII, ce souverain anglais de la dynastie des Tudors qui a fondé une nouvelle religion dans le seul but d’assouvir une passion interdite (découpant, au passage, quelques têtes) , sans montrer un tout petit peu (ou beaucoup) de sexe ?

Ou encore les turpitudes des Borgia, ces papes d’un autre temps, symboles de la décadence de l’église de la fin du Moyen-âge ?

Séries télévisées et sexe légitime

Qu’on se comprenne bien : loin de moins l’idée de reprocher aux producteurs télé de montrer du sexe plus ou moins explicite, surtout quand ces scènes érotiques sont justifiées par l’intrigue. Mais, tout de même, pourquoi toujours y associer systématiquement violence, d’une part, et perturbations psychiatriques, d’autre part ?

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séries télévisées et sexe Tudors

Sex and the City, Etats-Unis, 1998
Nip Tuck, Etats-Unis, 2003
Califonication, Etats-Unis, 2008
Dexter, Etats-Unis, 2006
True Blood, Etats-Unis, 2008
Rome, Etats-Unis et Europe, 2005
Odysseus, Europe, 2013
The Tudors, Canada et Irlande, 2007
Borgia, France et Allemagne, 2011
Journal Intime d’une Call-Girl, G-B, 2007
Maison Close, France, 2010
Skins, Grande-Bretagne, 2007

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Autre option : la chronique de mœurs, si possible dans un milieu propice à montrer du sexe. Le monde de la prostitution, par exemple : avec humour, dans le Journal Intime d’une Call-Girl, ou plus au premier degré comme dans la production française Maison Close.

Le sexe légitime, c’est le sexe sociologique. « Je vous montre le réel, vous ne pouvez pas me le reprocher ». Jusqu’à suivre une bande d’ado anglais, toujours en quête de nouvelles sensations, y compris érotiques. C’est Skins, la série britannique à l’origine, elle-même, de ce qui fut présenté un temps par les médias comme un phénomène de société, les « Skins Parties », des gigantesques fêtes orgiaques adolescentes, conçues sur le modèle de ce que vivent les héros de la fiction.

Il fallait bien que ça arrive : à force de vouloir coller à la réalité, la fiction télévisée a fini par produire sa propre réalité.