En l’espace de quelques semaines, deux « faits divers » sont venus alimenter les chroniques et sites de buzz sur la télévision. L’enjeu, à chaque fois ? Le sexe, évidemment ! Et l’argument : nos chères têtes blondes, à protéger du vice, bien entendu.

Les deux « scandales » se sont produits sur des chaînes sœurs. Pire ! Sur le service public ! De quoi faire voir rouge à la fois le CSA, fidèle à lui-même, mais aussi une ministre de gauche (oui, de gauche !) qui attend vraiment autre chose de France 2 et France 3. Deux manières différentes de parler de sexe, mais à chaque fois sur les chaînes publiques et lors d’émissions populaires.

Entre Patrick Sébastien et sa petite pipe du soir, d’une part, et Plus Belle la Vie et son trio sous poppers, quand les autorités ne veulent plus voir de sexe à la télévision…

Episode 1 : une petite pipe chez Sébastien

2 mai 2015. L’inénarrable Monsieur Loyal du service public, le très fripon Patrick Sébastien, entonne comme à son habitude une chansonnette maison. « Une petite pipe avant d’aller se coucher ». Croyez-le ou non, ce pervers n’évoquait pas là la gentille pipe pleine de tabac nocif et cancérogène de papy, mais bien la fellation ! Shocking !

Sans doute habituée à plus de finesse dans les chansons paillardes de l’animateur, c’est la ministre de la famille, la non moins inénarrable Laurence Rossi­gnol, qui sonne le tocsin. Et de s’emporter : « c’est limite incestueux ! » lâche t-elle, pas excessive du tout.

Episode 2 : trio chaud dans Plus Belle la Vie

La seconde intrusion du sexe sur les émissions populaires du service public a frappé la série Plus Belle la Vie, le fleuron de la fiction télé façon France Télévisions et mieux-disant culturel (ce qui donne, vous en conviendrez, donne une certaine idée de l’absolu) : le 5 mai, les téléspectateurs de France 3 assistaient hébétés (ben oui, forcément hébétés) à un plan cul à trois entre un jeune couple trioliste, et donc forcément malsain, avec un quadra innocent à qui les deux pervers vont même jusqu’à proposer du poppers (déjà que les ligues de vertu avaient appris récemment l’existence du plug anal…).

Tôlé général : « y a des enfants qui regardent ! (vous avez vu le macaron -10 en bas à droite ?), scénaristes de films porno… », les réseaux sociaux se déchainent et en appellent au CSA, qui sera d’ailleurs officiellement saisi. En réalité, une scène pathétique (et moralisatrice) de puritanisme, supposée dénoncer les méfaits de la drogue et, incidemment, le libertinage.

Sexe et télévision : non !

Ça se durcit, vous ne trouvez pas ? Elle est loin la playmate du samedi en fin d’après-midi chez Collaro… D’ailleurs, le CSA a énoncé la règle : pas de nudité à la télévision française avant 21h. On ne sait pas d’où les « sages » tiennent leur pouvoir législatif mais dura lex, sed lex… Eventuellement pourrait-on avoir un débat démocratique digne de ce nom sur l’opportunité de montrer des nus artistiques, par exemple, à l’heure où les enfants regardent, mais non.

D’ailleurs, vous avez remarqué ? Les enfants. Ah, c’est pratique les enfants quand on est réactionnaire ! Vous ne voulez pas que ces dépravés de pédés et de gouines se marient ? Faut protéger les enfants, ma bonne dame ! Vous ne voulez aucune évocation de la sexualité ni à la télévision, ni lors d’une expo d’art contemporain en plein Paris ? Les bambins ! (si ton enfant de 8 ans sait ce qu’est un plug anal, t’as du rater un truc dans son éducation, non ?). L’enfant, c’est l’otage préféré des réacs : c’est pratique, ça fait pleurer dans les chaumières et ça évite de réfléchir sur les droits et devoirs des uns et des autres.

C’est cette rhétorique qu’utilisait il y a quelques temps une responsable locale du FN de Pont-Audemer, à l’occasion de l’ouverture d’un club échangiste. En substance : « quel exemple donnent les parents en fréquentant de tels lieux ? » (lire notre article). Si tes enfants connaissent tout de ta sexualité, camarade fasciste, c’est que tu es une perverse…

Mais il en va ainsi de la droitisation de la France : c’est l’extrême-droite puritaine qui donne le ton au CSA, à la ministre, etc… Et l’idée simple de parler avec ses enfants, calmement, d’expliquer les choses, de prendre le temps de communiquer, passe à la trappe. C’est tellement plus facile de les coller devant les Anges de la Téléréalité…