Hasard du calendrier, deux fictions ont déboulé sur les écrans français (petits et grands) en traitant, de deux façons totalement différentes, de libertinage et de sexualités plurielles. Swingtown contre Happy Few, deux visions de l’échangisme.

Il est toujours étonnant de voir comment les plus grandes audaces artistiques rétrécissent et se dissimulent au moment de la promotion de l’œuvre. Antony Cordier, réalisateur de Happy Few, s’en défend : son film ne traite pas d’échangisme.

Echangisme à l’écran ?

Ses quatre héros, deux couples (Marina Foïs et Roschdy Zem, Elodie Bouchez et Nicolas Duvauchelle), échangent pourtant allégrement les partenaires. C’est vrai qu’ils ne sont pas libertins, au sens où ils n’ont – apparemment – rien prévu, rien préparé et encore moins revendiqué, mais s’il ne s’agit pas d’échangisme, cela y ressemble étrangement. «L’échangisme (…), c’est d’abord une sorte de commerce libéral des corps » soutient le cinéaste, « on va dire que l’échange me préoccupe plus que l’échangisme.» Etrange sémantique.

Swingtown

dans Swingtown, la quête de plaisir et d’identité
de Susan et Bruce est réjouissante

Plus assumée, la démarche de Swingtown, une série TV américaine de Mike Kelley (2008) diffusée en ce moment sur M6, consiste à observer un couple bien rangé qui déménage et se voit confronté aux très charmants nouveaux voisins, un couple d’échangistes sans complexes qui les initie à la contre-culture (sex and drugs and rock’n’roll) qui déferle en cette année 1976.

Sur le plan formel, paradoxalement, la pudeur de la réalisation de Swingtown le dispute à la joyeuse débauche érotisante de Happy Few, qui ne cache rien des charmes des actrices et des acteurs, à tel point que l’on jurerait que l’une des scènes d’amour entre Rachel (Foïs) et Vincent (Duvauchelle) est tout, sauf simulée.

Mais la différence de traitement de ces deux sujets apparemment similaires ne s’arrête pas là.

Swingtown et le libertinage heureux

Il est étonnant de voir Susan et Bruce (Molly Parker et Jack Davenport), les deux héros de Swingtown, s’acharner à définir de nouvelles règles dans leurs aventures sexuelles, les redéfinissant sans cesse au gré de la vie, de leurs vies, tandis que les quatre personnages de Happy Few revendiquent de ne pas fixer d’autres limites que le fait d’être tous disponibles aux mêmes moments.

Parlante aussi, la situation de Trina et Tom (Lana Parilla et Grant Show), les libertins dépravés, ne supportant pas l’idée de passer une nuit loin l’un de l’autre, tandis que Vincent, Rachel, Franck et Teri se rencontrent essentiellement deux par deux.

librairie érotique

A l’arrivée, les deux fictions se révèlent aussi différentes qu’il est possible. La quête de plaisir et d’identité de Susan et Bruce est réjouissante. Si la série tire gentiment les fils de la comédie, les personnages évitent avec force (quels acteurs !) les vicissitudes de la caricature que l’on fait souvent du libertinage. Sans évacuer les difficultés à assumer ce mode de vie et de relations, qui sont tout le piment du programme, Swingtown ne verse jamais (en tout cas pour les premiers épisodes) dans le pathétique et le sordide, dérives puritaines fréquentes dès lors que l’on aborde la question des sexualités plurielles.

(Un)happy Few

Ce que l’on ne peut pas dire de Happy Few, qui, précisément, traite, avec talent d’ailleurs, de l’insoutenable difficulté à lâcher prise, à dépasser les conventions sociales. Quelques moments jouissifs (la scène de la farine est particulièrement jolie) laissent place peu à peu à des doutes cruels. De la belle rencontre amoureuse à quatre, on passe indiciblement à ce qui ressemble à une expérience de laboratoire ratée.

Happy Few

l’insoutenable difficulté à lâcher prise,
à dépasser les conventions sociales

Les couples se déchirent, se remettent en question et Cordier rend compte, souvent de façon caricaturale, de ce qui peut advenir quand le déchaînement des sens laisse place au déchaînement des doutes et des peurs. Peut-être eut-il été utile de s’intéresser un peu plus aux amours échangistes ?