Bouton de rose, clitoris, clito, pénis féminin, petit bouton, bouton d’amour, capuchon, on l’a affublé de tous les sobriquets et de tous les adjectifs. Encore bien mal connu, le clitoris est pourtant l’organe le plus sensible du corps humain.

Hippocrate l’avait déjà décelé, autour de 300 avant JC, et l’avait décrit comme l’organe principal du plaisir féminin. Et pourtant, 2300 ans plus tard, on ne sait que peu de choses du clitoris. Et je ne veux pas accabler ici seulement les hommes qui ignorent jusqu’à son existence (quoi que !), mais il est un fait que la communauté scientifique elle-même reste circonspecte (pour ne pas dire désorientée) sur cet organe décidément bien mystérieux.

Dis, c’est quoi un clito ?

Il y a d’abord le sens commun qui, après tout, a son vocabulaire comme la science a le sien. Le clito, c’est ce renflement, ce petit bouton encapuchonné, au sommet des petites lèvres. Le « gland » du clitoris est donc protégé par un « prépuce » dont il émerge lorsqu’il est en érection. Car oui, le petit bouton a une fonction érectile et compte en moyenne, tenez-vous bien, 8 000 terminaisons nerveuses (pour seulement 6 000 pour son homologue masculin).

Voilà pour la définition commune. Mais la science, elle, nous dit toute autre chose sur cet organe du plaisir sexuel féminin. Car ce qu’on appelle habituellement clitoris est comme la partie visible d’un iceberg. Le clitoris est en fait un organe pour l’essentiel interne qui peut mesurer jusqu’à 9 centimètres.

schéma du clitoris

le « clito » n’est que la partie visible de l’iceberg clitoris
en rose foncé, le clitoris lui-même

Le clitoris, en fait, enserre le vagin et l’urètre, grâce à des « jambes » et des « bulbes vestibulaires ». Il se contracte involontairement durant l’orgasme. A ce stade, je vous renvoie aux dictionnaires scientifiques les plus récents, mais sachez tout de même que le clitoris – sa partie interne – serait à l’origine du fameux point G et de l’orgasme dit « vaginal ». Rien que ça !

Petite histoire du clitoris

Pourquoi autant de mystères autour d’un organe présent chez la moitié de l’Humanité (et chez les mammifères femelles en général) ? Car l’histoire scientifique du clitoris a tout d’un chemin de croix. On attribue habituellement sa découverte à Realdo Colombo en 1559. La guerre du clito peut commencer. Dès 1573, le médecin français Jacques Daléchamps est formel : le clitoris (partie externe) est une malformation, signe d’un hermaphrodisme naissant, qu’il convient de couper.

ce qu'on appelle couramment le clito 1- prépuce 2- gland

ce qu’on appelle couramment le clito
1- prépuce 2- gland

Et les malentendus – disons-le, les conneries – sur le clitoris ne vont pas s’arrêter de sitôt. La faute à la peur du plaisir féminin, sans doute, avec l’apport magistral de monsieur Freud. Pour lui, les choses sont simples : la petite fille souffre de « l’absence du pénis ». Il distingue dès lors l’orgasme clitoridien, forcément puéril, de l’orgasme vaginal, qui présente l’avantage de nécessiter une pénétration, un pénis.

Pas facile de bousculer les théories freudiennes sur la sexualité (même si celui-ci a d’ailleurs reconnu tardivement sa propre erreur). Même si, en 1976, le rapport Shere Hite montre le peu d’intérêt orgasmique d’une stimulation vaginale sans stimulation clitoridienne, le clito fait toujours peur.

Le docteur Odile Buisson dans son ouvrage Qui a peur du point G ? (avec Pierer Foldès, 2011 – ouvrage sous-titré Le plaisir féminin, une angoisse masculine) le décrit comme un véritable continent noir de la recherche médicale. Et on ne parle même pas de l’excision…