Salope. Terme on ne peut plus ordinaire. Aujourd’hui, on le sert à toutes les sauces. Mais quel est vraiment son sens ? Ce n’est jamais anodin de l’employer à propos d’une femme. Alors, c’est bien ou c’est mal d’être une salope ?

Une salope, c’est tout d’abord quelqu’un – une femme la plupart du temps – à qui on s’intéresse. Soit parce ce qu’on déteste ce qu’elle fait, soit parce qu’on l’adore. La salope ne laisse personne indifférent, c’est déjà un bon point. Mais que met-on derrière ce terme si courant ? Parle-t-on de la même chose selon avec qui on en discute ? C’est là toute la question…

Le lâcher de salopes

Intéressante, la définition des dictionnaires (voir la définition du wiktionnaire)…, le terme est toujours péjoratif ou vulgaire (même si dans les exemples, on l’associe avec belle et adorable…). Il n’y a rien de positif. Les salopes sont des femmes de mauvaise vie, méprisables…Et sur le plan sexuel, elles sont soumises ou lubriques même si on peut admettre que dans certaines sexualités de « marge », le terme soit employé de façon ludique… Et je vous fais grâce de la liste de synonymes… C’est étrange et assez révélateur.

salope

ce n’est pas bien d’être une salope…
mais qu’est-ce qu’on les aime pourtant !

Donc selon cette première acception, une salope, c’est la marie-couche-toi-là du quartier, celle qui a des mœurs légères et qui s’en vante, l’aguicheuse, la piqueuse de maris. Une salope, c’est une femme qui n’a pas de valeurs, une femme qui « ne se respecte pas »…. La salope ne pense qu’au sexe (et à ce que le sexe peut lui apporter) et n’est pas capable d’autre chose, ni d’amour, ni d’amitié. Et surtout, elle est prête à tout pour arriver à ses fins.

Quoi de mieux qu’une bonne salope au lit ?

Alors ok, partons de ce principe, c’est pas bien d’être une salope. Mais qu’est-ce qu’on les aime pourtant… Les hommes ne rêvent que d’une chose, c’est d’avoir une bonne salope dans leur lit, c’est pas vrai peut-être ? La femme lubrique et libérée, la femme qui ne pense qu’à ça, sans complexe, la femme qui n’est pas effrayée par la fellation ou la levrette…. C’est aussi ça une salope dans son usage courant. En réalité, beaucoup d’hommes aimeraient que leur femme soit un peu plus salope… Alors du coup, ce serait bien d’être une salope ?!?

être une salope

mais une salope, c’est quelqu’un qui a du pouvoir,
le pouvoir de nous emmerder

Ben oui et non…. Parce que quand même, faut pas déconner, ma femme, c’est pas une salope, Elle, pas comme cette voisine ou collègue dont on sait qu’elle a des pratiques plus ou moins libertines, mais qui nous fait fantasmer comme un fou par ailleurs… Alors, un peu de cohérence que diable ! Respectons un peu plus les salopes et tout le monde sera plus heureux au lit. On ne peut pas taper continuellement sur les chaudasses et vouloir que sa femme s’émancipe sexuellement ! CQFD.

343 salopes

Reste qu’une salope, c’est quelqu’un qui a du pourvoir, le pouvoir de nous emmerder (pour le meilleur et pour le pire). C’est souvent une femme de poigne, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Souvenez-vous par exemple, du manifeste des 343 salopes, ces femmes célèbres, Françoise Sagan, Jeanne Moreau, Simone de Beauvoir et j’en passe, qui s’étaient engagées, au début des années 70, pour le droit à l’avortement. Au départ, le terme « salope » vient d’un dessin de Cabu dans lequel figurait, par dérision, la phrase « Qui a engrossé les 343 salopes du manifeste sur le droit à l’avortement ? ». Finalement, l’appellation est restée et désigne bien ici, une certaine fierté de la femme dans sa volonté de maîtriser sa vie sexuelle.

Faire des enfants quand elles le souhaitent, jouir, être fières de leurs corps, exprimer leurs désirs… des petites choses qui nous paraissent normales, mais qui sont encore loin d’être coutume malheureusement. Alors pour nous, une salope, ce serait une femme qui, par moment et quand elle le décide, saurait prendre le plaisir là où il est, sans a priori. Après, savoir si c’est bien ou si c’est mal n’a pas vraiment d’importance… Parce que n’est-il pas agréable, de temps en temps, de se laisser aller à de « mauvaises » choses ?

[encart]Les salopes libertines

On entend (de plus en plus ?) dans le milieu libertin des libertines se qualifier elle-même de salope, avec un soupçon de fierté dans la voix. Et les proto-féministes anti-sexe de s’extasier : l’échangisme réduit la femme au rôle de salope.

Et si – c’est une hypothèse comme une autre – il fallait entendre dans cette revendication du terme de salope par quelques femmes libertines, ce quelque chose que les anthropologues nomment « l’inversion du stigmate ».

Tu me trouves salope. OK. Mais moi je te dis qu’il vaut mieux être une salope qu’une peine-à-jouir frustrée et qu’une femme est seule propriétaire de sa libido. Féministe, isn’t it ?[/encart]