Tout le monde connaît le mouvement FEMEN. Il faut dire que le sextrêmisme a su attirer les caméras grâce aux seins nus. Mais ce nouveau féminisme provocateur est-il si libéré que les poitrines de ses représentantes ?

2012. L’Europe du foot s’apprête à se retrouver en Pologne, mais aussi en Ukraine, pour l’Euro. Et certains supporters espèrent bien en profiter pour rendre visite aux très nombreuses prostituées ukrainiennes. Anna Hutsol, Oksana Chatchko et Sacha Chevchenko, trois jeunes – et jolies – militantes féministes ukrainiennes veulent tirer la sonnette d’alarme. Leur pays n’est pas un bordel géant pour footeux en manque de chair fraîche.

le sextrêmisme des FEMEN

Leur moyen pour se faire entendre (et voir) ? Manifester seins nus dans des happenings d’un nouveau genre. L’opération est un succès. L’Europe toute entière parle des FEMEN et de leur lutte contre la prostitution. Le sextrêmisme est né.

Féminisme et sextrêmisme

Et pourquoi pas, après tout ? L’activisme féministe est historiquement coutumier de ce genre de coups d’éclats. Et le féminisme n’est pas le seul objet du mouvement : athéisme militant, droits des homosexuels, environnement, démocratie, lutte contre la corruption, les FEMEN énervent le pouvoir.

Très vite, le mouvement devient international. FEMEN propage son sextrêmisme un peu partout, et singulièrement en France où se sont expatriées certaines des fondatrices. Toujours aussi provocatrices, elles s’en prennent aux décisions de justice, trop clémentes envers des violeurs, aux institutions religieuses, à Notre-Dame, aux chrétiens intégristes opposés au mariage pour tous…

sextremisme : Eloïse Bouton

Éloïse Bouton devant le ministère de la justice
josephparis.fr/

Les FEMEN made in France sont de tous les combats. En flirtant parfois avec le néo-puritanisme. Ainsi, elles interrompent le salon Eropolis de manière plutôt brutale. Car il existe dès la naissance du mouvement un paradoxe : si elles attirent la presse par leurs seins nus, les sextrêmistes sont aussi anti-prostitution et anti-pornographie. Les poitrines nues relèvent d’une « désérotisation » des seins et du corps des femmes.

« Salopes » de tout pays…

Mais, malgré ce paradoxe, le sextrêmisme se rencontre partout dans le monde, y compris dans les pays musulmans. Octobre 2011 : Aliaa Magda Elmahdy, jeune blogueuse égyptienne d’à peine 20 ans, poste une photo d’elle nue. Dans tout le pays, c’est le scandale. La jeune femme a voulu ainsi protester « contre une société de violence, de racisme, de sexisme, de harcèlement sexuel et d’hypocrisie ». Les réactions qui font suite à son acte militant lui donnent raison et les menaces de mort se multiplient. Aliaa sera contrainte à l’exil, où elle rejoindra le mouvement FEMEN.

En occident – au Canada en particulier – le sextrêmisme prend la forme du SlutWalk (la marche des salopes) : face à la culpabilisation des victimes de viol (« les femmes devraient éviter de s’habiller comme des salopes »), des femmes défilent en tenues dites provocatrices. « Quelque soit la manière dont je suis habillée, mon corps m’appartient ».

sextrêmisme et Slut Walk

mes vêtements ne sont pas un consentement – SlutWalk

A New York, les féministes ont obtenu le droit de se promener seins nus, là où le « topless » est autorisé pour les hommes. En fait , un simple rappel à une jurisprudence de 1992, mais qui fait encore des émois dans Big Apple.

L’avenir du sextrêmisme

On le voit bien : ce début des années 2010 a été profondément marqué par ce type d’actions féministes, provocatrices et très ancrées dans cette époque de sur-communication. Mais on le voit aussi, le mouvement FEMEN, et tout le courant sextrêmiste balance, à l’instar du féminisme dans son ensemble, entre le pro-sexe et le néo-puritanisme.

Et si une femme qui assume son corps et sa libido n’était plus une salope, mais une femme libérée ? Et si on se souvenait que l’histoire du féminisme est intimement lié à la révolution sexuelle ? Ainsi de la pornographie : la « culture du viol », dénoncée à juste titre par les FEMEN n’est peut-être pas inhérente au porno, même si, présentement, elle le domine largement (voir notre article sur Erika Lust).

C’est là sans doute l’un des enjeux majeurs du féminisme du XXIème siècle : s’allier avec les « barbus » et les « manif pour tous » ou avec les libertins et libertines ?