C’était un peu comme une promesse. En filmant des candidats jeunes et un peu bêtes enfermés dans un loft, on allait forcément voir du cul. Douze ans après, la téléréalité française a fait la preuve de sa pudibonderie. Non mais allô !

Tout avait pourtant débuté sur les chapeaux de roue. Premier programme de téléréalité en France, première nuit : et déjà une bimbo siliconée et légèrement dépressive s’offrait un coït avec un jeune bourgeois branchouille, devant les caméras, dans la désormais fameuse piscine de l’émission Loft Story.

téléréalité et sexe - Loana

l’histoire de la téléréalité française a débuté avec Loana
et la fameuse scène de la piscine

Loana allait devenir une star, à sa façon, le jeune bourgeois allait être oublié, et la levée de boucliers contre les producteurs de la première téléréalité française allait faire trembler la petite chaîne qui monte. Mais depuis, rien, à peine un téton ou deux, entrevus par hasard.

A l’heure où le buzz internet se fait autour d’une émission anglaise où les candidats font l’amour dans une boite (SexBox sur Channel 4), la téléréalité à la française marie encore indécence et pudibonderie.

Téléréalité, sexe et pudibonderie

Peut-on à la fois être indécents, vulgaires et carrément pudibonds ? Oui, répondent en chœurs les producteurs de téléréalité français. Promis, on vous montrera tout.

Les fautes de français de pauvres candidats pas plus idiots qu’un présentateur de télé moyen, les peines de cœur et les vraies détresses de jeunes gens attirés par la lumière comme des papillons de nuit voués à être grillés sur place, les jeux (forcément) débiles proposés par la prod’, faits pour ridiculiser encore un peu plus les pauvres cobayes de laboratoire. Tout, on vous dit.

téléréalité et sexe - l'ile de la tentation

image extraite du teaser de L’Ile de la Tentation

Mais pas de sexe. D’abord, parce que le CSA ne veut pas. Ce même CSA qui accepte qu’on livre en pâture des gamins de parfois moins de vingt ans à la cruauté du téléspectateur moyen ne veut pas voir un poil qui dépasse. Voilà qui est dit. Sauf que plus on floute les fesses, plus on pixelise les pubis, plus on planque les vitales parties de jambes en l’air des candidats enfermés, plus on nous déballe tout de leur intimité. Comme si indécence et puritanisme étaient deux jumeaux siamois.

Le sexe et la téléréalité

Oh, il n’aura pas fallu bien longtemps aux « gens de télé » pour comprendre l’intérêt de lier sexe et téléréalité. Et voici que débarquent les jeux de séduction, explicitement « coquins » : C’est Opération Séduction, L’Ile de la Tentation, et des dizaines d’autres qui vont bientôt tenir le téléspectateur en haleine : va-t-on voir un sein, une fesses ou plus ?

Non. Rien de rien. Le CSA ne veut pas, on vous dit. Alors on fait des compromis, on montre des filles en toutes petites tenues, des mecs en maillot moule-burnes, on évoque ce qui doit certainement se passer, derrière cette porte. Compromis, art bien facile quand on est déjà soi-même plongé dans la compromission.

téléralité sexe - Cindy montre son sein

on peut aussi inviter une soi-disant libertine
qui montrerait ses seins spontanément et en direct

Et si on faisait comme si c’était les candidats eux-mêmes qui sortaient des clous ? Après tout, c’est l’intérêt de la réalité, ce monde étrange où l’imprévu est si prévisible… Alors, on sélectionne des candidates olé-olé, susceptibles de montrer leurs nibards à l’improviste en plein direct. Et puis, on laisse faire le buzz, pour être bien certains que la soi-disant libertine passe décidément pour la dernière des salopes.

Mais on ne se mouille pas. On ne dit surtout pas MERDE au CSA, qui pourrait mal le prendre. Parce que c’est là la règle définitive de la téléréalité : ce sont les mômes (pardon, les candidats) qui s’exposent, qui prennent des risques.

Et qu’importe si l’effrayante indécence de la téléréalité s’accompagne d’une toute aussi effrayante pudibonderie : si la courbe d’audience venait à trop baisser, il sera toujours bien temps d’organiser une partouze improvisée.